Victor Massé

Portrait de Victor Massé - © Archives de Lorient
Portrait de Victor Massé - © Archives de Lorient

Victor Massé, né Félix Marie, fils de Michel Massé, ouvrier cloutier de l'arsenal de Lorient, et de Jeanne Hémeut, repasseuse, mariés à Lorient le 18 octobre 1821, est né le 7 mars 1822 à Lorient, rue du Marché (actuelle rue Victor Massé).

Après la mort de son père, il part à Paris. D’abord formé à l’institut royal de musique religieuse, fondé par Alexandre Choron, il entre en 1834 au Conservatoire de Paris. Premier prix de piano en 1839, premier prix d’harmonie en 1840, premier prix de fugue en 1843, il obtient le Grand Prix de l’Institut (prix de Rome) en 1844, à 22 ans, avec une cantate intitulée Le Renégat de Tanger.
Après deux années passées à Rome, deux années de voyages en Italie et en Allemagne, son premier ouvrage La Chanteuse voilée est présenté à l’Opéra-Comique le 26 novembre 1850. Le public est charmé par la fraîcheur mélodique et la fine tournure des morceaux.

Puis il présente Galathée, composée en 1852, une œuvre d’un caractère nouveau très bien accueillie et qui prouve que le public ne s’est pas trompé en lui accordant sa confiance dès sa première œuvre.

Son premier grand succès arrive en 1854 avec Les Noces de Jeannette, opéra-comique en un seul acte. Il ne réitère pas son succès ni avec La Fiancée du Diable (1854), ni avec Miss Fauvette (1855). Pourtant, lors de la création de La Fiancée du diable, Alphonse de Calonne loue « l’invention, le goût et le savoir » du compositeur, ainsi qu’ « une fraîcheur d’idées, une grâce naturelle et facile, une rondeur charmante qui séduisent depuis le musicien le plus sévère et le plus difficile, jusqu’au plus simple de ses auditeurs ».

Le 22 décembre 1855, Les Saisons, opéra en trois actes présenté à l’Opéra-Comique n’a pas non plus le succès attendu.
Un an plus tard, il triomphe avec La Reine Topaze au Théâtre-Lyrique qui offre à la cantatrice Caroline Miolan-Carvalho, l’un de ses plus beaux succès. Jusqu’en 1867, il continue à composer plusieurs œuvres à l’Opéra-Comique où au Théâtre-Lyrique mais il ne rencontre pas le succès. Découragé et n’ayant pas fait fortune, il cesse de présenter ces œuvres au théâtre.

En 1860, il devient chef de chœur à l’Opéra de Paris. En 1866, il est nommé professeur de composition au Conservatoire de Paris (1866-1876). À partir de 1872, il remplace Daniel Auber à l’Académie des beaux-arts, fauteuil qu’il occupe jusqu’en 1884. Entre 1873 et 1875, il enseigne également dans un pensionnat de jeunes filles où deux de ses opérettes sont publiées dans le journal de l’école (La Petite sœur d’Achille et Le Prix de famille).

Son plus grand succès sera l'opéra Paul et Virginie, présenté pour la première fois, le 15 novembre 1876 au Théâtre-Lyrique (alors à La Gaîté). Deux ans plus tard, cette œuvre est reprise à Covent Garden.

Notamment ami d'Auguste Brizeux dont il mit les poèmes en musique, il garde des liens très forts avec la Bretagne.

Alors qu’il a renoué avec le succès, sa santé se décline et il est peu à peu envahit par la paralysie. Cloué au lit pendant plus de six années, il continue à composer. Il décède à son domicile à Paris le 5 juillet 1884. La Nuit de Cléopâtre, œuvre écrite alors qu’il est alité, est représentée à l’Opéra-Comique en 1885 et connait un grand succès.

Dès le 25 août 1884, le conseil municipal de Lorient baptise une rue à son nom : la rue du Marché où il vit le jour. Cette  rue relie la place du Morbihan (place Clémenceau) à la place Alsace-Lorraine. Le même jour, le conseil municipal décide que le nom de Victor Massé sera également inscrit sur le futur kiosque à musique de la place Alsace-Lorraine. Victor Massé était également officier de la Légion d’honneur

Sa ville natale, lui rendra un grand hommage en organisant, du 3 au 5 septembre 1887, les fêtes de Victor Massé : grande fête avec décoration de la rue Victor Massé, de la place Alsace-Lorraine, du cours de La Bôve, retraites  aux flambeaux, banquets. Le 4 septembre 1887, le maire Laurent Roux-Lavergne inaugure la statue de marbre à l’effigie du compositeur, installée au centre du cours de La Bôve. La matière première a été fournie par l’État. Le piédestal, réalisé en granit de Bretagne, a été dessiné par monsieur Gallot. La statue, œuvre du sculpteur Antonin Mercié, est très endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale et ne sera pas réinstallée.

Une plaque de bronze réalisée par Léofanti est également  apposée sur la façade de sa maison natale, en présence de sa fille Alice Victor Massé : « Avec l’aide de Dieu pour la Patrie – Le 4 Septembre 1887 - L’Association Bretonne-Angevine - Pour honorer la mémoire de Victor Massé – A posé cette plaque sur sa maison natale. »

À cette occasion, Jules Simon prononce un élogieux et émouvant discours :
« … Une inscription sur la maison, une statue sur la place publique ; c’est à la fois une précaution contre les oublis de l’histoire, un acte de reconnaissance nationale, et un encouragement à bien faire… » «… Lorient qui est une ville jeune a déjà de glorieux ancêtres… » «… J’ai été l’ami de Brizeux et de Victor Massé. Son ami ? Nous sommes tous les amis de Victor Massé. Il a des amis dans le monde entier. C’est le beau privilège des musiciens. Pour admirer le chef d’œuvre d’un statuaire, il faut venir le chercher dans la ville qui le possède. La musique au contraire vient à nous… » « … Pendant plus de six ans, il resta cloué sur son lit, le corps paralysé et la tête saine. Il se faisait porter sur le théâtre aux répétitions de Paul et Virginie, et là, étendu sur une chaise longue, les jambes ensevelies sous des couvertures, dirigeait tout. À la première représentation, on avait le cœur partagé entre l’émotion que ses chants faisaient naître et la pitié qu’on éprouvait pour lui-même. On savait que sa maladie était incurable… » « …Il se rattachait à la vie par ses deux grands amours : ses enfants et sa Cléopâtre. Quand il eût écrit sa dernière note, il regarda ses filles en souriant : À présent tout est prêt, dit-il on peut la jouer sans moi… »

Outre les ouvrages cités, Victor Massé a aussi écrit : La Chambre Gothique (1849), Les Chaises à porteurs (1858), La Fée Carabosse (1859), La Mule de Pédro, Le fils du Brigadier (1867), Fior d’Aliza (1866), Le Cousin de Marivaux (1857), un opéra italien La Favorita e la Schiava représenté à Venise en 1855 ainsi qu’une Messe solennelle écrite lors de son séjour à la Villa Médicis.

Il compose également une centaine de mélodies regroupées dans trois recueils : Chants d’autrefois, Chants bretons et Chants du soir.