Hélène Jégado

Née en 1803, la jeune Hélène, enfant choyée élevée dans une petite ferme d'une famille de cultivateurs pauvres originaire de Plouhinec, est nourrie des légendes de la Basse-Bretagne. Elle est notamment traumatisée par le personnage de l'Ankou, dont elle va devenir l'incarnation pour surmonter ses angoisses. En 1810, après la mort de sa mère, elle est envoyée chez une tante qui travaille comme domestique dans un presbytère de Bubry, et devient elle-même domestique. Elle est décrite comme caractérielle, grossière, ivrognesse, malpropre, chapardeuse, bavarde, mégère… Partout où elle passe, elle suscite curiosité et méfiance.

Par la suite entre 1833 et 1851, dans différentes villes, Séglien, Auray, Bubry, Hennebont, Locminé, Lorient, Pontivy et, enfin, en 1849, Rennes, elle sera notamment cuisinière, un emploi idéal pour empoisonner à l'arsenic les plats de ses victimes : des clients d'un bordel militaire de Port-Louis, où elle se prostitue, des maîtresses de maison, des prêtres, des religieuses, jusqu'à des enfants. Sa série de crimes s'arrêtera à Rennes, après les meurtres de deux gouvernantes successives et d'une servante de son employeur l'avocat, professeur de droit et expert en affaires criminelles Théophile Bidard de la Noë, lequel, soupçonneux, se décide finalement à enquêter sur son parcours.
En 1841, elle travaille chez les Dupuy-de-Lôme, place de Ploemeur à Lorient (actuelle place Aristide Briand). Avec l’arrivée des beaux jours, toute la famille déménage avec son personnel au Château de Soye. Contrariée de devoir s’éloigner du marché de Lorient, elle s’en prend à Marie Bréger, deux ans et demi, la nièce de l’ingénieur Dupuy-de-Lôme. Bientôt toute la famille souffre de vomissements ainsi les gens de la ferme. Le neveu et la nièce de l’ingénieur Dupuy-de-Lôme, en vacances au Château de Soye, décèdent. Personne ne s’en doute encore mais ils ont été empoisonnés par la nouvelle domestique, Hélène Jégado.

L'exécution d'Hélène Jégado sur le Champ de Mars à Rennes met fin à une carrière criminelle de dix-huit ans, facilitée par le fait qu'à cette époque la région était touchée par des épidémies de choléra dont les symptômes sont proches de ceux de l'empoisonnement à l'arsenic, qu'Hélène Jégado ne vole pas ses victimes et que les familles refusent les autopsies des corps de leurs parents. Le nombre de ses victimes est impossible à déterminer avec précision (probablement 362), car la plupart de ses forfaits ayant été commis plus de dix ans avant son procès, ils ne pouvaient plus être jugés du fait de la prescription légale de dix ans en vigueur à l'époque, aussi son procès écartera-t-il 21 empoisonnements et 5 tentatives d'empoisonnement.
Son habitude de conserver des fétiches de chacun d'entre eux permet aujourd'hui d'estimer qu'elle a tué environ soixante personnes, y compris des enfants, notamment la petite Marie Bréger au château de Soye (à Plœmeur) en mai 1841, dix ans et un mois avant son arrestation, ainsi que deux tantes et son père.

Son acte d'accusation comporte cinq empoisonnements et cinq tentatives d'empoisonnement, ainsi que onze comptes de vol domestique. Le procès s'ouvre devant la Cour d'assises d'Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851 et se termine par la condamnation à mort le 14 décembre après une heure quinze de délibération. Le discours final de Me Magloire Dorange, jeune avocat de 24 ans chargé de la défense et qui plaide la folie, est un plaidoyer contre la peine de mort5. Femme pieuse, elle avoue ses meurtres en prison lors d'une confession donnée à l'abbé Tiercelin la veille de son exécution, révélations qu'elle autorise à rendre publiques après son décès mais se révélant peu fiables car elles excluent certains crimes et en ajoutent certains autres.

Les circonstances politiques après le coup d’État de Napoléon III le 2 décembre, ont fait que le cas a reçu peu d'attention dans les journaux au niveau national. Hélène Jégado est guillotinée en 1852.

Source : Wikipedia