Famille Esnoul Deschâteles

Laurent Esnoult Deschateles
Laurent Esnoult Deschateles

Peut-être  originaire  de  Normandie,  les  Esnoul  s’installent  dès  1488  à Saint-Malo, après la réunion du Duché de Bretagne au Royaume de France, et y fondent dès le XVIIe siècle de puissantes lignées de capitaines corsaires, marins et armateurs.

C’est alors qu’en 1748, Julien-Bertrand Esnoul, sieur des Chatelets, quitte Saint-Malo et sa carrière dans la Marine royale à la Compagnie des Indes et comme capitaine corsaire.  Avec  sa  femme  Marie-Angélique  Offray  de  La  Mettrie,  il  s’installe  à  Lorient comme armateur et négociant en tissu. Ensemble, ils auront sept enfants dont Laurent et Jean-Marie.

En  1778,  compte  tenu  des  diverses  orthographes  du  patronyme  prononcé « Enou »,  un  arrêté  de  la  juridiction  d’Hennebont  décide  que  le  nom  s’écrirait  Esnoul (celui de la seigneurie des Chatelets, Deschateles).

En  1758,  leur  fils  aîné  Julien  Jean,  enseigne  de  vaisseau  de  la  Compagnie  des Indes,  meurt  dans  un  naufrage,  incitant  Laurent  et  Jean-Marie  à  refuser  une  carrière dans  la  Marine.  En  1769,  les  deux  frères,  devenus  seuls  héritiers  mâles,  s’associent  et reprennent  l’entreprise  d’armement  familial  à  la  chute  de  la  Compagnie  des  Indes  en recueillant  ses  épaves.  Devenus  de  puissants  armateurs,  leur  fortune,  leur  situation  et leur  influence  sont  considérables.  Malgré  le  succès  florissant  de  leur  société,  ils  se séparent en 1778 mais continuent les affaires chacun de leur côté.

Laurent  (1749-1829)  devient  armateur,  affréteur,  assureur  maritime, commissionnaire et banquier. Il commerce avec toutes les plus grandes places d’Europe et  des  colonies,  la  Chine,  l’Inde...  Il  reçoit  de  nombreuses  distinctions  honorifiques  et devient juge au tribunal consulaire de Lorient. Il abandonnera les affaires en 1812 et se retirera au manoir de Soye en Ploemeur. 

Jean-Marie  (1743-1804)  devient  maire  de  Lorient  de  1774  à  1789.  Il  sauve  le port de Lorient de la ruine après la chute de la Compagnie des Indes et fait construire le premier théâtre de Lorient au bas du Cours de la Bôve. Le roi l’intègrera même dans la noblesse par lettres patentes en 1783. Fortunés  et  exerçant  une  influence  certaine  à  Lorient,  ils  connaissent  ensemble de  graves  difficultés  au  moment  de  la  Révolution.  Menacés  par  la  ruine,  tous  deux doivent  liquidés  leurs  affaires  respectives  (seul  Laurent  conservera  le  commerce  des tissus) et Jean-Marie, nommé président du département du Morbihan, sera jeté en prison en 1793 comme fédéraliste et noble avant que son frère ne l’en sorte.

La puissance des Esnoul Deschâteles fût influencée en partie grâce aux jeux des alliances familiales : ils étaient alliés aux Offray de La Mettrie. En 1736, Julien Bertrand s’était marié à  Marie  Angélique,  fille  d’un  armateur  de  Saint-Malo  et  sœur  de  Julien  Offray  de  la Mettrie,  médecin  et  philosophe matérialiste inventeur de la théorie de l'évolutionisme reprise par Darwin, mort en 1751 à Berlin, à la cour du Roi Frédéric Il de Prusse. Julien s’était  marié  en  1739  à  Marie  Louise  Droneau,  déjà  veuve  Kercado  du  Verger  et  sœur de Claire Droneau, fondatrice de l'hôpital hospice de Lorient en 1749. En 1777, leur fils Laurent  épousait  sa  cousine  Emilie.  Il  fera  participer  à  ses  affaires  son  beau-frère Barthélémy auquel il confiera le commerce des tissus. Quant  aux  sœurs  Esnoul  Deschateles,  elles  se  marièrent  avec  des  personnalités influentes  à  Lorient.  L’une  épousa  en  1761  Jean  François  René  Le  Blond  de  Saint-Hilaire, capitaine de vaisseau de la Compagnie des Indes et l’autre, Antoine Jean Marie Thevenard en 1768, Amiral et Ministre de la Marine.

Laurent  et  Jean-Marie eurent  respectivement  dix  et  sept  enfants  mais  peu laissèrent une descendance. Du côté de Laurent : Jean-Marie (1791-1872), officier de marine ayant participé au  sauvetage  du  radeau  monté  par  les  naufragés  de  la  Méduse,  épousera  à  Nantes en 1821 sa cousine Louise-Virginie de la Saudre ; Laurence Julienne Jeanne Marie (1786-1854) épousera en 1810 Claude Henri Dupuy-de-Lôme et donnera naissance au célèbre ingénieur.

Du  côté  de  Jean-Marie :  Marie-Thérèse  (1777-1840),  filleule  du  comte  et  de  la comtesse  d’Artois,  épousera  en  1808  M.  Peychaud  de  l’Isle,  receveur des  finances à Lorient  ;  Adèle  (1787-1818)  épousera  Casimir  Audren  de  Kerdrel,  maire  de  Lorient sous la Restauration.