Kervénanec - Le Ter

Une histoire du quartier de Kervénanec

Le quartier de Kervénanec dans les années 70
Le quartier de Kervénanec dans les années 70

Une fois la reconstruction de la ville terminée, Lorient doit encore faire face à d'importants besoins en logements neufs. Il faut reloger les sinistrés mais l'existant se révèle alors vétuste et inadapté à une population de plus en plus nombreuse, et de plus en plus attirée par les villes. Ce problème se retrouve dans tout le pays : poussée démographique, reprise économique, exode rural…

L'époque croit en la modernité : les ingénieurs se signalent par leur prouesses, la DS et la caravelle sortent des chaînes de montage, télévision, téléphone et machine à laver pénètrent dans les foyers. Les vertus du progrès inondent les réclames. Les logements doivent disposer d'air, de lumière, d'eau chaude, de chaleur : le confort est normalisée pour le grand nombre.

En 1962, près de 2 000 ménages vivent encore en baraques et 3 000 demandes sont en instance à l'Office Communal d'H.L.M. de Lorient. Il subsiste une crise du logement à Lorient, en particulier du logement social.

Les opérations au coup par coup ne suffisent plus, l'urgence nécessite une démarche d'ampleur.

La loi sur les ZUP (Zones à Urbaniser en Priorité) en 1958, donnent aux communes des facilités pour acquérir des terrains agricoles en franges de ville pour le lancement d'opération d'un grand nombre de logements.

Les ZUP aboutiront à un type d'urbanisme que l'on appellera "Grands Ensembles". Ayant tous comme principale caractéristique d'être crée sur des terrains quasiment vierges à l'emplacement d'anciennes exploitations agricoles en périphérie de ville, permettant également de créer de nouvelles liaisons, entrées de ville résoudre des problèmes de circulation. Construites dans des délais records, ces ZUP permirent d'instituer un logement de masse parant au plus pressé au détriment d'une qualité. Le but est alors de donner à tous un confort minimum. C'est de l'urgence à grande échelle.

Lorient choisit, dès 1962, les sites de Kervénanec à l'ouest et Bois du Château au nord en fonction d'un nouveau plan général de circulation.

L'urgence des délais, l'expérience de la reconstruction et l'opportunité de créer un quartier de toute pièce menèrent les urbanistes à une nouvelle forme de la ville.

Kervénanec, site agricole

Le site de Kervénanec était constitué essentiellement de terres agricoles. Quasiment vierge, très peu de maisons furent détruites.
Il y avait trois petits villages : Kervénanec au sud de la rue du même nom menant au Ter ; Kerdiret au nord sur la route de Ploemeur, et à l'ouest, le village des Montagnes.
La partie sud de la Z.U.P. étant elle-même nommée Quehellio-Sachoy.

Les terrains nécessaires à la construction du quartier appartenaient à un petit nombre de propriétaires (Le Hen–Raude, Bissonnet, Le Chaton).

Le site était connu des Lorientais sous le nom de "la ferme de la Montagne". Sa démolition et le terrassement du site donnèrent lieu à quelques articles de presse épiques...

Premiers habitants, premières critiques

En 1966, une étude est menée à Keryado auprès des habitants de Kersabiec afin de voir comment les habitants récemment installé s'adapte à leur logement. Beaucoup regrettent les baraques, que les habitants idéalisent. Ce sera également le cas à Kervénanec.
D'autre part, bien que les logements soient jugés confortables (par des habitants venant en très grande partie de cités de baraques) les critiques apparaissent, les équipements manquent. Les premiers locataires vont ainsi habiter dans un quartier en continuels travaux.

Problèmes de voiries, manque de terrains de jeux, d'équipements scolaires, de garderies, d'équipements sociaux, absence d'espaces communs, de lieux extérieurs. Autant de problèmes qui pourraient se résorber si l'ensemble du projet était réalisé dans un même temps. Le déblocage des crédits nécessaires à la construction des équipements et des espaces communs se fait attendre.

Un projet longuement élaboré

Le projet prévoyait en 1962 une superficie de 250 hectares qui devait recevoir 5 000 logements.

Les terrains nord allant jusqu'à la voie de chemin de fer longeant Keryado sont finalement abandonnés.

La surface opérationnelle de la Z.U.P. Lorient-Ploemeur est ramenée à 97 hectares pour 3 000 logements, divisée en deux sites Kervénanec et Lanveur.

La partie sud (Kervénanec) sera traitée en premier car le site connaît un début d'urbanisation avec la création du quartier de Kermélo-Le Ter.

Un premier schéma d'aménagement est proposé en 1965, il ne s'agit que de situer les zones d'habitat, les deux nouveaux centres et surtout les axes de circulation.
Les projets de Z.U.P. accompagnent un projet de rocade prévu depuis les années 1930. En réalité cette pénétrante n'est réalisée que dans les années 80.

Une sorte de sous-rocade est prévue à l'ouest du quartier, elle est destinée à canaliser la circulation des différents quartiers et de faire se rejoindre les différentes sorties ouest de Lorient.

Des études prévisionnelles sur les flux routiers démontrent alors la nécessité d'une traversée en quatre voies.

La représentation du projet

La Reconstruction de Lorient avait donné l'occasion de réaliser des plans d'urbanisme de la ville, mais ceux-ci, continuellement remis en cause étaient redessinés en permanence.

Pour le projet de Kervénanec, il est décidé d'établir un plan masse détaillé de la ZUP comme un projet fini afin que la population ait un vision du futur quartier.

Le plan

Etabli en 1966, il est corrigé plusieurs fois en 67 et 68 avant le démarrage des travaux en 1969. Le principe dégagé alors est de dédensifier et libérer le sol par la création de tours de 90 logements chacune au cœur de la ZUP et de répartir des barres plus basses (4 à 6 étages) en fonction des axes de circulation.

La répétition des modèles

Le plan du quartier sera composé essentiellement de deux types d'immeubles : tour de 14 étages et barres plus ou moins longue de 4 étages. Il serviront de modèles répétés sur l'ensemble du quartier. On trouve une volonté de réaliser un nouveau quartier, cohérent, autonome par sa forme. Une véritable ville créée de toutes pièces, différente de ce qui l'entoure. La répétition de ces modèles fait ici partie de cet aspect. Le fait de donner la même architecture donne une identité particulière même s'il s'agit également de faciliter la construction et contrôler les coûts.

La poussée vers l'ouest

Le chantier commence en 1969 par le sud, accessible par la rue Monistrol.

Le terrassement de l'ensemble de la zone est réalisé en une seule fois dégageant 32 hectares de terres nues.

Les articles de presse font écho de la rapidité du chantier :

"Au retour des vacances, les Lorientais seront surpris de constater combien leur ville s'est étendue". La Liberté – août 1970.

Même si les réalisations furent d'une échelle modeste et habituelle pour les Lorientais, la construction des tours et leur rapidité va marquer les esprits.

Historique du quartier du Ter

Lotissement du Ter en 1970
Lotissement du Ter en 1970

Entamé durant les années 60, l’ensemble du Ter répond à l’opportunité rare de concevoir un quartier de ville dans sa totalité. A l’ouest de Lorient, remarquablement placé en bordure de l’étang et du bois du Ter ce vaste site était quasiment vierge après guerre. La volonté des concepteurs était de réaliser un ensemble cohérent de logements individuels économiques regroupé autour d’immeubles collectifs et les équipements communs tels que commerces, écoles, parcs, une chapelle était également prévue. Le tout traversé par un système de voies bien hiérarchisé, le quartier est perçu comme un véritable village moderne.

Les maison individuelles bénéficient ici des recherches sur la standardisation et la rationalisation des méthodes de construction expérimentées à la Reconstruction. Que ce soit par leur mode de fabrication, leur architecture ou leur implantation sur le site. Le quartier est ainsi formé de la répétition de plusieurs modèles qui peuvent varier selon les rues. Toit en pente d’ardoises ou toiture terrasse, implantés en bande ou jumelée l’objectif sera de libérer l’espace vert et d’obtenir un équilibre entre végétal et bâtis.

La partie du Ter présentée ici est l’aboutissement de cette logique. Cet ensemble de quatre vingts maisons individuelles dû aux architectes Romualdo, Pronost et Vallin, combine plusieurs variantes d’un même modèle de maison. La formule type étant formée en « L » d’une partie rez de chaussée à toiture terrasse et d’une autre à toiture d’ardoises, ce décalage et la forme du bâti permettant de limiter les vues de voisinage.

Chaque parcelle semble différente et possède plusieurs accès. Elles s’inscèrent dans un ensemble de ruelles où la circulation est volontairement freinée. Les parkings sont regroupés en petites unités et les voies, étroites et sinueuses.