Rue Ferdinand Le Hétet

Plaque de la rue Le Hétet

La rue Ferdinand Le Hétet est située dans le quartier de Carnel entre l'avenue de la Marne et la rue Victor Hugo.

Ferdinand Le Hétet est né à Lorient, le 17 octobre 1888. Il est recruté à Lorient sous le n° de matricule 03301/1422, classe 1908. Il épouse à Rennes (Ille-et-Vilaine), le 25 octobre 1911 Reine, Marie, Josèphe Lecompte. Il est tué héroïquement à l’ennemi à Roulers (Belgique), le 19 octobre 1914 à l’âge de 26 ans. Il habitait 36 rue Carnot à Lorient.

À la mobilisation, le soldat Le Hétet rejoint la caserne Saint-Georges à Rennes en Ille-et-Vilaine. Affecté au 41e régiment d’infanterie essentiellement composé de soldats bretons, il part confiant à la rencontre de l’ennemi. Les troupes françaises franchissent le 17 août 1914 «à marche forcée» la frontière en direction de Namur en Belgique. Quelques jours plus tard, c’est le baptême du feu pour la plupart des hommes lors des combats d’Ham-sur-Sambre (21 août) et de Charleroi (21-22 août). Malgré une résistance acharnée, la IIe armée du général allemand von Bülow s’empare de cette dernière ville. Devant la chute de Charleroi puis de Namur et les difficultés éprouvées par le corps expéditionnaire britannique à Mons, le général Lanrezac ordonne la retraite. Les troupes se retirent «en bon ordre»tout en infligeant le 29 août 1914, des pertes sévères à l’adversaire lors des durs et meurtriers affrontements à Guise dans l’Aisne. La semaine suivante, le 41e se distingue particulièrement lors de la bataille de la Marne et emploie toute son énergie «à attaquer et à refouler l’ennemi» contraint de battre à son tour en retraite. Les soldats n’ont pas le temps de savourer le message de félicitations du généralisme Joffre : «Tous, officiers, sous-officiers, soldats, avez répondu à mon appel. Tous avez bien mérité de la patrie» car ils poursuivent l’offensive à Craonne (17 septembre) puis à Heurtebise (18 au 22 septembre). En octobre, le régiment est transporté en camions à Neuville-Vitasse (3 octobre) dans le Pas-de-Calais. Là, pendant une semaine, le 41e se bat furieusement et charge l’ennemi à la baïonnette. «Durant ces six jours de lutte ininterrompue, le 41e a perdu 2 000 hommes environ ; il ne lui reste que 15 officiers. On peut dire qu’il s’est sacrifié, mais cela n’a pas été en vain. La poussée sur Arras est définitivement enrayée.» Le 8 octobre, le régiment est relevé et cité à l’ordre de l’armée : «S’est comporté très brillamment depuis le début de la campagne, notamment aux combats de Craonne et de Neuville-Vitasse où il a perdu les deux tiers de son effectif et la plus grande partie de ses officiers.» Ferdinand Le Hétet fait partie des rescapés de ces premières semaines de guerre et mérite de prendre un peu de repos en attendant les prochains engagements. Il n’attend pas très longtemps car un nouveau détachement composé de nouvelles recrues et des survivants des combats précédents, livre bataille à Vermelles dans le Pas-de-Calais puis à Staden et Roulers en Belgique. «Cette dernière ville importante des Flandres allait être envahie. Déjà les faubourgs de Roulers brûlaient. La retraite était soutenue par un peloton de soldats français qui allaient être accaparés sous le nombre. Le commandant demanda à ses hommes lequel d’entre eux voulait sacrifier sa vie pour couvrir la retraite de ses camarades. C’est alors que Ferdinand Le Hétet, jeune marié et père d’un bébé de douze mois s’avança simplement. C’était la mort certaine, son chef le lui dit, mais il ne broncha pas. Ému par tant de grandeur, le commandant du détachement l’embrassa les larmes aux yeux, puis il s’éloigna avec ses hommes qui pleuraient» laissant le brave Le Hétet arrêter les avant-gardes ennemies.

Une fin héroïque
Seul et embusqué derrière le tronc massif d’un imposant noyer, le soldat de 1e classe Le Hétet, résiste et retarde la progression allemande. Il tient des heures durant avant de tomber la gorge transpercée par une balle et «la soldatesque, ivre de rage le cribla de coups de baïonnettes» afin de l’achever. Trois jours après la fusillade, le corps du soldat Le Hétet, déchiqueté par d’innombrables coups de baïonnettes gisait toujours au pied du noyer. Les riverains avaient demandé aux Allemands l’autorisation de l’enterrer. Ceux-ci rétorquèrent que tout cela était superflu : «Les corbeaux n’ont qu’à le bouffer!» Malgré l’interdiction, quelques habitants ramassent, enveloppent et inhument le corps dans les plis d’un drapeau belge. En 1917, la population qui n’oublie pas le brave soldat décide d’honorer sa mémoire par une célébration religieuse. Afin de déjouer l’occupant, un service funèbre est annoncé avec discrétion pour un défunt de la paroisse, mort pour la patrie. Dans ces conditions, les autorités communales et les habitants assistent, sans craindre les représailles, à la cérémonie à l’intention de Ferdinand Le Hétet en l’église communale Saint-Amand à Roulers.

La ville de Lorient décide de perpétuer sa mémoire en donnant son nom à une rue de la ville. À cet effet, lors du conseil municipal du 1er février 1921, le maire Édouard Labes prononce l’éloge du valeureux soldat : «Le Hétet, originaire de Lorient, dont la mère habite encore notre ville, rue Carnot, 36, est un glorieux héros de la guerre. Soldat au 41e régiment d’infanterie, il s’est volontairement sacrifié le 17 octobre 1914 à Roulers, revendiquant l’honneur de rester seul pour couvrir la retraite de ses camarades. Après avoir résisté héroïquement il succomba sous le nombre et fut achevé par les Allemands. La ville de Roulers ayant élevé un monument à ce soldat français, Lorient, sa petite patrie d’origine, doit avoir à l’honneur de perpétuer sa mémoire. »

Appellation donnée par délibération du conseil municipal du 1er février 1921.