Le quartier Saint-Louis : centre historique

Lorient est créé en 1666 et s’est développé au XVIIIe siècle suivant deux axes à partir de l’Enclos : un axe en direction de Ploemeur, via la rue du Port, un axe vers Hennebont via la rue Maréchal Foch. C’est autour de l’église Saint-Louis, qui se trouvait dans le prolongement de la rue Maréchal Foch, que se concentrent tous les équipements administratifs, éducatifs, sociaux et commerciaux.

Le quartier dit Saint-Louis est donc le centre-ville historique de Lorient. Il vit au rythme des foires et des marchés établis le samedi depuis 1710 par lettres patentes et également le mercredi à partir de 1740. Sur la place Saint-Louis se tient plus spécialement le marché « aux Chiffons », sur la place Bisson le marché en gros des fruits et sur le haut du cours de La Bôve, le marché aux fleurs ou encore le marché au beurre. C’est un centre-ville dynamique, où sont installés de nombreux commerces sur les places et rues adjacentes.

Avant-guerre, parmi les édifices importants, on relève l’Hôtel de Ville, le service incendie (dit dépôt des pompes), la bibliothèque municipale, le tribunal de commerce, le conseil des prud’hommes, la « Goutte de lait », l’école de Musique, le lycée, un musée jusqu’en 1911, la justice de Paix, le tribunal civil, la Bourse du Travail, la Caisse d’Épargne, les Halles, un cinéma, le siège du Nouvelliste du Morbihan et bien sur l’église Saint-Louis. A partir de 1920, le cinéma Select palace s’installe au n°4 de la place Bisson. Alors considéré comme le cinéma le plus moderne de la région avec une capacité de 1 200 places, il est l’un des premiers établissements à avoir présenté un film parlant.

Les églises sont généralement orientées vers l’Est mais l’église Saint-Louis échappe à la règle en étant construite suivant un axe Nord-Ouest – Sud-Est. En effet, pour une question d’esthétisme urbain, l’édifice est élevé dans l’axe de la rue du Morbihan (actuelle rue maréchal Foch). Remaniée à plusieurs reprises, l’église est véritablement achevée en 1828, avec la construction de la tour-clocher. qui servait également de phare à feu clignotant. L’ancien emplacement de la tour Saint-Louis, démolie en 1957, est actuellement symbolisé, par une bande verticale de couleur marron, sur la façade de l’immeuble Plein-ciel dont la première pierre est posée en 1964. Cet immeuble abrite un temps l’agence locale du Journal Ouest-France.

Des halles sont installées à l’arrière de l’église dès 1788 à l’emplacement d’un ancien cimetière. De nouvelles halles, plus importantes, sont construites au même endroit en 1888. On accède au bâtiment soit par la place Bisson soit par la rue de l’Hôpital (rue Jules Le Grand). Elles communiquent avec un second bâtiment, perpendiculaire, datant de 1774, qui donne sur la rue Traversière (rue Clairambault).

Entre les halles et l’église, il existe un passage venté réservé exclusivement aux marchands de coquillages de Riantec et de Locmiquélic (Minahouets).

Les affaires publiques de la communauté lorientaise sont réglées par la paroisse Saint-Louis jusqu’en 1738, année où L’Orient est érigé en corps de ville. Les réunions de la Communauté se tiennent au domicile du Maire, jusqu’en 1752, année d’acquisition d’un bâtiment rue de Luzançais (qui deviendra rue de la Mairie). Le bâtiment est agrandi à plusieurs reprises. L’Hôtel de Ville s’ouvre ainsi en 1837 sur la rue de l’Hôpital (rue Jules Le Grand). L’ensemble est alors doté d’une cour intérieure plantée d’un cèdre du Liban. Encore vivace après la guerre, l’arbre malade s’affaiblit progressivement à partir des années 1980 et disparaît de la place Simone de Beauvoir en octobre 2000. Deux autres cèdres seront plantés en 2007.

La place Bisson porte en son centre, une colonne et une statue inaugurée en 1833, en hommage à Hippolyte Bisson, enseigne de vaisseau, fils de Lorientais. Il se sacrifia le 4 novembre 1827 en faisant sauter le brick le Panayoti, plutôt que de devoir le restituer à l’ennemi grec. Seul bronze n’ayant pas été fondu pendant la seconde guerre mondiale, le monument est aujourd’hui visible à l’angle des rues du Docteur Waquet et Du Couëdic. La place Bisson, poumon de la cité, sur laquelle donnent la rue des Fontaines, le cours de la Bôve, la place Saint-Louis et la rue du Pont-Carré devient à partir de 1902, le centre de circulation des tramways. La place est réaménagée en 1941 pour permettre l’installation d’un abri souterrain de la défense passive. Le Nouvelliste du Morbihan, journal lorientais créé en 1883, s’installe 18 place Bisson à partir de 1898. Il se replie à Vannes suite aux bombardements intensifs de 1943. Suspecté de collaboration, sa parution est interdite le 4 août 1944. Dès le 6 août, un journal provisoire renaît sous le titre du Morbihan Libéré. Rebaptisé La Liberté du Morbihan le 20 août, il se réinstalle place Bisson en 1951. En 1961, il déménage pour le numéro 8 de la rue Clairambault où il demeure jusqu’à sa fermeture en 1995.

La seconde guerre mondiale va grandement éprouver et modifier Lorient. Le centre-ville est tout particulièrement touché par les bombardements alliés.

Le Service de la Défense Passive établit son poste central dans la citerne souterraine désaffectée de l’Hôtel de Ville et aménage un abri contre les attaques aériennes. Dès 1939, la sirène d’alerte est installée en haut de la tour Saint-Louis ainsi qu’un poste de guet afin de signaler les sinistres. Le 27 septembre 1940, vers 22h00, a lieu le premier raid de l’aviation anglaise. Le bâtiment de la Justice de Paix est notamment en feu ainsi que trois immeubles dont le cinéma situé rue Jules Le Grand. L’école des filles de la mairie est en partie détruite et un immeuble donnant sur la rue traversière s’écroule faisant 5 victimes. Le bilan de cette première attaque est de 30 morts et 60 blessés.

En janvier 1942, le service de distribution de cartes d’alimentation s’installe dans les locaux du musée. Le quartier subit de nombreuses attaques aériennes et les locaux de l’Hôtel de Ville brûlent à plusieurs reprises lors de bombardements en 1940 et 1941. Dans la nuit du 23 janvier 1943, les bombardements sont particulièrement intenses. Vers 21h00, la mairie prend feu. Complètement dévastée, elle devient inutilisable. L’administration est contrainte de se replier d’abord à Hennebont et à Brandérion puis de février 1943 à août 1944 au château de Treulan près de Sainte-Anne d’Auray. Le 7 février a lieu un nouveau bombardement qui dépasse, en intensité et en violence, tous les bombardements précédents. 632 immeubles anéantis dont l’église Saint-Louis. Entre le 14 janvier et le 8 août 1943, en quelques raids aériens, la ville est quasiment détruite. Entre le 14 janvier et le 16 février, plus de 500 bombes explosives et environ 60 000 bombes incendiaires s’abattent sur la ville. La population est évacuée dès le 3 février. Le quartier ancien de l’intra-muros est détruit à 90 %.

Les phases de déminage, de déblaiement puis de remembrement terminées, Georges Tourry, urbaniste en chef de la reconstruction de Lorient, va pouvoir mettre en place son projet, validé officiellement le 19 décembre 1946. Il vise à désenclaver le centre-ville qui est comprimé entre le mur de l’arsenal à l’est, le bassin à flot et le port de commerce au sud, la voie de chemin de fer à l’ouest et au nord. Pour ce faire, il va utiliser les nouveaux terrains à bâtir du côté du Moustoir. C’est ainsi que le centre est déplacé vers l’ouest de la ville. La nouvelle église Notre-Dame de Victoire (dite Saint-Louis) et le nouvel Hôtel de Ville en sont les illustrations les plus marquantes.

Dès lors, une nouvelle page d’histoire s’ouvre pour l’ancien centre-ville. Des baraques s’installent à côté des îlots en reconstruction. Elles sont particulièrement importantes rue Jules Le Grand et cours de La Bôve.

La physionomie du quartier change sous la conduite des architectes Pierre Brunerie, Félix Le Saint et Jacques Olivier. Si la place Saint-Louis est conservée pour partie, les impératifs de la circulation du Lorient moderne ne permettent pas de conserver la place Bisson.

Les îlots situés de part et d’autre de l’avenue du maréchal Foch sont confiés à Félix Le Saint. Le plan de remembrement est approuvé en février 1954 et les travaux débutent en 1956. Il s’agit de deux îlots jumeaux, de facture moderne, construits simultanément. Des arcades marquent clairement l’entrée de l’avenue Foch.

Les travaux de l’îlot, compris entre le cours de La Bôve, les rues du Port, Poissonnière et Pont-Carré, commencent en 1952 sous la direction de Pierre Brunerie. Ils s’achèvent seulement en 1969 par la construction de l’immeuble Plein Ciel, signé par l’architecte Delayre. Celui-ci signifie aussi la fin de la reconstruction de Lorient.

L’îlot donnant sur la rue des Fontaines et le haut du cours de La Bôve est l’œuvre conjointe d’Henri Réglain et de Maurice Ouvré.

Un marché est installé à l’emplacement des anciennes halles dont seules subsistent les façades extérieures, et ce jusqu’à la démolition des vestiges. Des nouvelles halles centrales sont édifiées à Merville ce qui ne remet pas en cause la reconstruction de celles de Saint-Louis, requalifiées cependant de halles de quartier.

Le projet et la construction sont confiés à Jacques Olivier en 1958. Ce dernier faisait déjà partie de l’équipe en charge de « La Banane », composée de Georges Tourry, Jean-Baptiste Hourlier, Jacques Bourgeois et Paul Lindu. Jacques Olivier a été chargé de la fin de la construction de La Banane, dans l’attente de la destruction de la Tour de l’église Saint-Louis, effectuée en 1957. Son projet de halles est très novateur. Il s’agit d’un simple plateau avec des allées desservant des boxes, bénéficiant d’un éclairage zénithal. Les façades ne sont que des panneaux de verre accrochés. Jacques Olivier était un adepte de l’architecture minimaliste, épurée. Cependant, faute de moyens techniques suffisants, des problèmes d’étanchéité vont bientôt apparaître et accélérer la dégradation du béton. L’édifice est déclassé du domaine public en 1987 et démoli à partir du 21 avril 1988.

Un nouveau projet est mis à l’étude, incluant des commerces, des bureaux et des logements. Il est confié à l’architecte nantais David. L’immeuble comprend une façade rue Jules Le Grand et une sur la place Saint-Louis dont la porte d’entrée est parée de l’ancien porche de l’établissement de la Providence, anciennement situé avenue de la Marne. Les nouvelles halles d’une surface de 800 mètres carrés ouvrent le 11 octobre 1989. Des parkings sont aménagés sous le parvis tandis qu’au-dessus, 11 boutiques sont installées et couvertes de panneaux ondulés rouges, ces derniers contribuant à signaler fortement le lieu. Cependant, ils vont se détériorer rapidement et seront déposés en 1999. Le parvis se dégrade également progressivement, beaucoup de commerces ferment.

Les abords des halles ont bénéficié de plusieurs aménagements, en particulier le parking Simone de Beauvoir qui a été complètement réaménagé en 2007 et orné de belles plantations.

Le chantier le plus important est cependant la rénovation globale du parvis Saint-Louis, décidé par la municipalité en juillet 2007 et mis en œuvre en 2008. Les travaux ont consisté principalement à recouvrir la dalle par une structure complexe béton acier, et finir par une plateforme piéton d’un revêtement bois et métal antidérapant avec éclairage d’ambiance intégré. L’accès aux sous-sols a également été traité. Le projet inclut en outre l’embellissement paysager avec arbres et jardinières, la refonte des espaces piétons et la desserte de bus, l’éclairage ambiant, l’intégration des conteneurs. Ainsi, c’est un nouveau lieu de vie qui vient de s’ouvrir dans le quartier.

Aujourd’hui, avec l’ouverture de l’Enclos du Port au public, une nouvelle page d’histoire s’ouvre pour le secteur. Sa situation lui confère en effet une fonction de lien entre le centre-ville et le nouveau quartier de l’Enclos.