De la salle des fêtes à l'espace Nayel

Le 28 novembre 1811, le conseil municipal de Lorient en approuvant le nouveau plan de la ville, arrête en principe qu'un terrain lui appartenant, situé à l'extrémité du quai marchand (îlot n°3), soit réservé pour une boucherie ou un abattoir. Le plan de la ville a été exposé au public du 21 au 28 mars 1814 et n'a connu aucune objection ou réclamation. La situation en bord de mer de l'édifice, permettra l'évacuation des eaux de lavage des échaudoirs et de toutes celles de l'établissement au moyen d'un égout. Les plans, terminés le 15 février 1827 par l'architecte de la ville Pierre Marie de Lussault, sont approuvés par le conseil municipal dans ses séances des 3 et 10 mars 1827. Un abattoir public sera donc construit sur le cours des Quais, pour la préparation et l'abattage des bestiaux destinés à la consommation des habitants. En raison de l'insuffisance des finances communales, le financement par un emprunt est envisagé.

Le projet de construction sur un terrain de 2 365 m2, est visé par le préfet Augustin de Chazelles le 27 novembre 1827. Conformément à une ordonnance royale du 8 août 1827, et sur l'avis du conseil des bâtiments civils du 29 décembre, il est approuvé par le ministre de l'intérieur le 4 février 1828. Le 26 février, suite au conseil du ministre, le conseil municipal décide que la construction sera prise en charge par une société anonyme (un minimum de 84 actions de 1 000 francs) mais que sa gestion sera municipale. Cette décision est en partie remise en cause le 7 avril par le ministre du commerce et des manufactures. En conséquence, le 14 avril, le conseil concède la jouissance gratuite du terrain à la société anonyme mais que l’abattoir appartient en propre à la ville puisque la commune se réserve le droit de rembourser et faire rembourser les actionnaires, tant sur les produits de l’abattoir que sur ses propres revenus. Les statuts de la société sont rédigés le 8 mai 1828 chez le notaire Deschiens.

Toutefois, le 30 novembre 1828, le conseil municipal change d’avis considérant que dans le cas d’un emprunt, il ne faudra que 17 ans à la commune pour devenir propriétaire alors que dans le cadre d’une gestion par un entrepreneur, elle ne pourrait l’être qu’une fois un bénéfice assuré. La première, moitié de l’emprunt est versée en janvier 1830 et l’autre moitié au 1er janvier 1831.
En novembre 1829, le conseil des bâtiments civils informe le maire que la ville doit acquérir un complément de terrain de 589,70 mètres afin que l’édifice soit entièrement isolé. Les travaux commencent en 1830 et s’achèvent en 1832. L’ouverture aux bouchers est programmée pour le 14 mai mais le 21, le conseil vote une allocation de 300 francs de traitement pour le concierge de l’établissement « qui sera incessamment livré aux bouchers ». La réception des travaux a lieu en juin 1832. L'abattoir ferme ses portes en 1890 et est remplacé par l'abattoir de La Ville-en-Bois dont les plans définitifs sont approuvés en 1889.

En 1892, un arrêté municipal ouvre un concours en vue de la construction sur l’emplacement de l’ancien abattoir, d’une école primaire, d’une École Primaire Supérieure de garçons et d’une salle de réunion (salle des fêtes). La Salle des fêtes et l’EPS, projet de l’architecte Louis-Félix Calinaud, bénéficient à l’époque des techniques de construction les plus avancées : procédé du béton armé. L’adjudication des travaux a lieu le 4 juin 1901. En 1903, la solidité des sols des planchers en béton de la salle des fêtes est vérifiée. À partir de 1904, la façade est parée d’une horloge.

L’EPS des garçons ouvre ses portes en octobre 1903 et celle des filles, alors située 14 rue Pasteur, le 1er octobre 1911.
Le bâtiment de l’EPS des garçons comprenait une cour intérieure. Côté rue de la Comédie (rue Auguste Nayel), à l’étage supérieur, était installé un amphithéâtre pour les cours de physique, de chimie et de manipulations en électricité. Les salles de classe occupaient les étages inférieurs. Les élèves entraient par la rue de la Comédie. La partie Salle des Fêtes avec son entrée donnant sur le cours des Quais ne représentait que l’aile gauche du quadrilatère rue de la Patrie. À droite du bâtiment, côté rue François Le Mazois, se trouvait l’annexe de l’École Primaire Supérieure qui abritait les ateliers. En 1921, une école d’Hydrographe ouvre ses portes.

La Salle des fêtes est officiellement inaugurée à l’occasion de la distribution des prix de vertu de toutes les écoles de la Ville, le 1er octobre 1905. Les travaux d’aménagements intérieurs n’ont pas permis sa mise en service avant cette année-là.
Pendant la Première Guerre mondiale, l’école est aménagée en hôpital temporaire et une partie de la salle des fêtes (côté cours des Quais : actuel quai des Indes) est réaménagée par l’architecte de la ville pour être affectée au service de la Croix Rouge. Avant l’évacuation de février 1943 et pendant quelques mois, l’EPS des filles ayant été réquisitionnée, celle des garçons leur était prêtée tous les après-midi. Durant l’occupation, un blockhaus en élévation est construit par les Allemands à l’angle de la rue de la Comédie et de la rue Paul Bert.
Au sortir de la guerre, la Salle des fêtes n’étant que partiellement détruite, l’administration municipale s’installe dans l’aile droite du bâtiment, là où se trouve, avant-guerre, l’École Primaire Supérieure. Elle reste dans ce bâtiment du 1er septembre 1945 au 30 juin 1960. Les anciens ateliers du premier étage sont transformés en salles de réunion et de spectacles. Une école d’hydrographie fonctionne rue François Le Mazois. L’aile gauche tient lieu de salle des fêtes comme avant-guerre jusqu’à l’inauguration du Palais des Congrès le 7 septembre 1968. De plus, une baraque est installée dans la cour pour abriter le service de logement de la mairie, puis l’inspection du travail.

Le 14 avril 1956, la municipalité vote un projet de réparation de la Salle des fêtes (dispositions approuvées par le Préfet le 9 mai suivant). Cependant, le 9 juin, pour des raisons de disproportion financière, la remise en état de l’édifice se réduit aux retouches les plus urgentes qu’impose la sécurité. Le Conseil autorise alors l’étude d’un programme de remplacement. Aussi, le 7 septembre 1957, la Ville choisit un terrain, pour un ensemble englobant alors un théâtre, une nouvelle salle des fêtes, une école nationale de musique, un aquarium et un laboratoire de recherche d’Institut national des pêches. La Salle des fêtes occupera la partie comblée du bassin à flot. Suite à un accord notifié le 21 octobre, la construction de la Salle des fêtes revient aux architectes Conan et Millot.
Pour des raisons de commodité et après accord entre les architectes, c’est finalement l’architecte Ouvré qui gère la salle des fêtes  (palais des congrès), avec l’accord de la Ville le 27 mai 1961. Le projet estimatif est voté le 9 décembre, le projet définitif le 4 mai 1963. Les aménagements intérieurs, la décoration et le devis-programme sont approuvés le 24 novembre 1967. Le Palais des congrès, dont l’achèvement était prévu fin avril, est inauguré le 7 septembre 1968, à l’occasion d’un bal de bienfaisance, organisé par le Comité des Œuvres Sociales de la Mairie de Lorient sous la présidence d’Yves Allainmat en présence notamment du conseil municipal au complet. 

Les crédits de la reconstruction s’étant taris, la Ville décide d’installer à la place de l’ancienne salle des fêtes, un parking dont le besoin se faisait sentir en centre-ville. La démolition de l’ancienne salle des fêtes et des ruines attenantes est confiée, par une délibération du conseil municipal du 6 mars 1969, à l’entreprise Genetay de Plouay.
Le parking prend officiellement la dénomination de place Auguste Nayel le 18 avril 1985. La place garde cette fonction jusqu’au mois d’août 2004. Après le Festival Interceltique  et son chapiteau qui avait été installé, le parking est resté interdit au stationnement. L’accès à la place Nayel est fermé au public par des grilles afin de pouvoir être déclassée du domaine public puisque l’emplacement va être utilisé pour un usage privé (commerce, logements et parkings). L’année 2004 est consacrée aux autorisations administratives et à l’enquête publique obligatoire.
Dans le cadre de l’attractivité du centre-ville, la municipalité a mené une réflexion qui est présentée aux commerçants en réunion publique le 26 septembre 2002, pour un renforcement de l’offre commerciale (surfaces et types d’enseignes) en centre-ville. Il s’agit d’un programme urbain associant commerces et habitations. Pour ce projet, le site Nayel a été proposé et retenu.

Au vu de l’importance du projet, la ville ne peut prendre à son compte un tel investissement, c’est pourquoi elle a lancé un appel à projet privé. Le bâtiment retenu pour sa qualité architecturale et son intégration dans l’environnement est celui de la SOGEA (filiale de Vinci construction) mené par l’architecte Patrick Caubret et le cabinet A+A architectes.
Le projet, outre un parking public sur trois niveaux en sous-sol et des commerces (8 000 m2 de surface de vente), prévoit dans les étages, 70 logements distribués autour d’un jardin dit suspendu et 1 200 m2 de bureaux : un investissement de 65 millions d’euros dont 35 millions pour la galerie commerciale et les parkings. L’espace commercial est développé sur deux niveaux et demi et s’articule autour d’un mail couvert rejoignant un vaste atrium ouvert sur le quai des Indes : un espace ouvert sur la ville avec trois points d’accès. Les logements sont situés au-dessus de l’espace commercial, du 2e au 4e étage.
Avant le lancement des travaux, l’espace clos fait office de lieu de stockage pour les palettes de pavés et autres matériaux jusqu’à la mi-janvier 2006, dans le cadre des travaux d’aménagement du Triskell. Parallèlement, le sol fait l’objet d’analyses et de recherche de métaux lourds. Les tests ont déterminé que les matériaux présents étaient sains et qu’ils pouvaient être utilisés comme remblais par l’entreprise de terrassement. Des essais de pompage ont également eu lieu afin de déterminer la perméabilité des sols. Les résultats ont alors déterminé la paroi périmétrique du sous-sol du parking souterrain en conséquence. Le 8 mars 2006, une pelleteuse commence les travaux en creusant une excavation de plusieurs mètres de profondeur. Le creusement complet de la place, représentera environ 50 000 m3 de matériaux à extraire pour une surface de 3 500 m2. La démolition de la maison des années 1930 qui servait de local au FIL (Festival Interceltique de Lorient) est démolie entre le 15 et le 16 mai. Le lendemain commence les travaux de démolition du blockhaus en élévation. Le 7 décembre 2006, lors des travaux de creusement, une bombe américaine de 250 kilogrammes datant de la Seconde Guerre mondiale est découverte et le chantier est alors fermé. Le 17 décembre, le centre-ville (5 500 personnes) est évacué afin de procéder au désamorçage. Dès le lendemain, les employés de la Sogea sont de retour pour reprendre les travaux de terrassement. Le chantier est arrêté pendant les fêtes de noël entre le 22 décembre et le 2 janvier 2007. Entre le mois de mars 2007 et le mois de juillet, 7 000 m3 de béton sur 14 000 au total ont été coulés.
À partir du 18 juin 2007, pour une longueur de 70 mètres, 45 palissades représentant Lorient, financées par la Sogea, et peintes par des élèves des cours de peinture amateur de l’école supérieure d’art sont installées autour du chantier. L’exposition à ciel ouvert est inaugurée le 3 juillet. Le 13 décembre 2008, les œuvres sont mises aux enchères au profit de Lorient Solidarité.

À cause de soucis techniques, de la bombe et des intempéries, le chantier prend plus d'un mois et demi de retard. L’espace Nayel est inaugurée le 5 novembre 2008 mais les travaux des logements continuent jusqu’en mars 2009. Ces logements bénéficient tous de terrasses ou de balcons et les accès sont indépendants de la galerie commerçante.