Réouverture du Café de Paris en 1946

Réouverture d'un commerce lorientais après plus de 3 ans d'exode

© Béatrice Joly

Un encart dans la Liberté du Morbihan annonce la réouverture du Café de Paris le dimanche 2 juin 1946. En effet, comme la plupart des commerçants et entrepreneurs lorientais de l'époque, la famille Mahé a subi la guerre, les réquisitions, les bombardements, notamment ceux de janvier 1943, puis l'exode à partir de cette période.

Après avoir exploité plusieurs cafés-hôtels à Saint Malo, monsieur et madame Mahé acquièrent ce commerce Place Alsace-Lorraine à Lorient, en 1931. Ils font alors réaliser de nombreux travaux d'embellissement puis les bombardements, entraînant la destruction totale qualifiée de sinistre total de leur outil de travail, ont lieu le 26 janvier 1943 du fait de bombes explosives et incendiaires. S'ensuit une longue période d'exode à Erigné près d'Angers, de l'été 1943 à leur retour à Lorient en avril 1946.

La guerre est bien terminée depuis le 8 mai 45 mais le retour dans une ville complètement détruite n'est pas aisé. Dès le 26 mai, monsieur Mahé est désigné par un vote de la Chambre Professionnelle Départementale de l'Industrie Hôtelière pour se tenir prêt à rentrer à Lorient d'ici peu. Il contracte immédiatement un emprunt afin de se procurer le matériel nécessaire à la reprise de son commerce. Il fournit tous les documents demandés par les services du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU) : dossier de sinistré, dossier commercial, polices d'assurances… Un local pour s'installer est trouvé. Monsieur Layec, commerçant en bonneterie à Hennebont, est d'accord pour lui louer son immeuble de Lorient, l'ancien Haus Jurst, dénommé ainsi, du temps où il était occupé par les Allemands. Mais monsieur Mahé n'obtient toujours pas les cartes vertes prouvant et permettant l'autorisation de rentrer. Et puis, après de nombreuses discussions et courriers contradictoires, c'est enfin possible et la famille revient à Lorient fin mars 1946.

Les travaux d'installation de l'immeuble pour recevoir une clientèle peuvent commencer. Les installations électriques sont assurées par l'entreprise Visticot. Une partie du mobilier est mise à disposition par le service des réquisitions, l'équipement frigorifique est commandé auprès du concessionnaire de la marque Frigidaire. Tout est prêt pour revivre, repartir recommencer à gagner sa vie !

Le grand jour arrive le dimanche 2 juin 1946. Le Café de Paris provisoire ouvre à nouveau ses portes, pas au même endroit qu'avant-guerre bien sûr, mais non loin place Clémenceau. Pour fêter cette renaissance, l'orchestre Pedro-Laurent est choisi pour accompagner l'apéritif-concert et le thé dansant de cette journée mémorable. En réalité, ce divertissement devient une habitude, un rituel, car l'autorisation de faire bals les jeudis et samedis de 21h à minuit et le dimanche de 11h30 à 12h30, de 17h à 19h et de 21h à minuit est octroyée par la Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique (SACEM) par période de 6 mois, renouvelable. Cette autorisation est à solliciter néanmoins, chaque semaine, en complément, auprès du Commissariat de Police puis de la Sous-Préfecture. Toute cette animation, après ces difficiles années de guerre, fait la joie de la population lorientaise mais la difficulté à constituer et conserver des orchestres stables fait que cette activité cesse à la fin de l'année 1950. Il reste la partie brasserie, café et le Pari Mutuel Urbain (PMU) qui engendre beaucoup de travail.

Pendant ce temps-là, la Reconstruction de la ville s'opère peu à peu. L'immeuble qu'occupait la famille Mahé de 1931 à 1943 place Alsace-Lorraine est reconstruit et terminé. Monsieur et madame Mahé peuvent enfin s'y installer à nouveau le 9 mars 1953. Cela aura demandé 7 ans ! A partir de cette date, ils exploitent uniquement l'hôtel, le rez-de-chaussée étant loué à un pharmacien puis à un marchand de meubles (Pierrat), enfin depuis les années 80, à une grande marque de chaussures (France Arno devenu Bocage).

Béatrice Joly-Hacquard