Étapes et styles de la reconstruction

Première pierre de la Reconstruction place Alsace-Lorraine

Vincent Auriol scellant la première pierre de l'îlot 153 - 5Fi9108
Reconstruction d'un immeuble place Alsace-Lorraine - 5Fi554

Le 23 avril 1950 est marqué par la visite à Lorient, du Président de la République, Vincent Auriol, venu remettre la Légion d'Honneur à la Ville martyre.

Après un accueil à la gare et les honneurs militaires rendus par la musique de la Flotte, une réception a lieu à la mairie en présence de Monsieur Julien Le Pan, maire de Lorient et de très nombreuses hautes personnalités comme Messieurs Claudius Petit, Ministre de la Reconstruction, l'Amiral Robert, préfet maritime de la IIè Région, Raymond Marcellin, secrétaire d'Etat au Commerce et à l'Industrie et député du Morbihan, Jean Laporte, préfet du Morbihan, le sénateur Joseph Le Digabel, les députés Joseph Yvon et Jean Le Coutaller, les membres du conseil municipal, monsieur Guihot, président de la Chambre de Commerce, monsieur Hecquet, président du Conseil d'Administration de la Société du Port de Pêche …

Après la remise du cadeau : une broderie bretonne au Président Vincent Auriol puis la cérémonie au Monument aux Morts, la remise des médailles à la ville et le défilé militaire cours de Chazelles, commence la visite de la ville : l'Arsenal, le port de Ppche, puis la Base de sous-marins suivie d'un déjeuner à la Chambre de Commerce.

Enfin, c'est l'après midi de ce dimanche que Vincent Auriol, Président de la République, pose ce qui devait constituer, officiellement, la première pierre de la «Reconstruction» de Lorient, tout en haut de la rue de l'Assemblée Nationale, à l'angle avec la place Alsace-Lorraine. Il y dépose à l'intérieur le parchemin relatant les évènements de cette journée mémorable pour la ville, en présence entre autres, de monsieur Le Lain, délégué départemental du MRU, et des architectes Jean-Baptiste Houllier et Maurice Baduel. Moment fort, et tant attendu des Lorientais.

C'est le Café de Paris qui occupait cet angle de la Place Alsace-Lorraine et de la rue de l'Assemblée Nationale jusqu'au 26 janvier 1943. Ce jour-là, il est entièrement détruit par les bombardements aériens explosifs et incendiaires.

Cette première pierre est celle de cet immeuble appartenant à Monsieur et Madame Mahé. Il est achevé au début de l'année 1953. Le rez-de-chaussée est loué en avril de cette même année à monsieur Roussely, pharmacien, qui en fait, ne s'y installera jamais, puis en 1957 à monsieur et madame Pierrat pour en faire un magasin de meubles.

Dans le courant des années 1980, c'est l'enseigne de chaussures France Arno qui prend possession de ces locaux puis le magasin «Bocage» depuis mars 2014.

Cette place devait être un lieu de prestige gardant à la fois son tracé ancien mais utilisant les techniques de construction nouvelles, à savoir celles du béton armé et la préfabrication des éléments de façades.

Ce fut une belle réussite … tout comme cette journée qui se termina par des bals publics un peu partout dans Lorient.

Texte : Béatrice Joly

Les propositions

Immeuble dit "la Banane"
Immeuble dit "la Banane"

Dès 1943, quelques mois après les premiers bombardements, Georges Tourry polytechnicien et architecte est chargé de la reconstruction de la ville dévastée. Il s'avère très tôt que la reconstruction de Lorient ne se fera pas à l'identique. Pour le ministère de la reconstruction et de l'urbanisme (MRU), il s'agit de rebâtir une ville pour l'avenir. Tourry se met à l'ouvrage dès l'été 1943.

De nombreuses propositions Au départ, l'urbaniste souhaitait dé-densifier le centre ancien en dédoublant la ville par le comblement total du bassin à flot sur lequel devaient être construits des logements. Il deviendrait grand axe de composition libérant les quartiers sud des industries et entrepôts. La ville serait séparée des zones portuaires par un bande continue plantée. Elle serait recentrée autour de la place Jules Ferry. Tous les éléments du centre ancien s'éloignant du mur d'enceinte de l'arsenal pour se concentrer autour de la nouvelle place. Elle serait poursuivie par un grand parc, le Moustoir, conçu comme un grand jardin public, cerné par de nouveaux boulevards d'accès débouchant d'un nouveau pont sur la voie de chemin de fer.

Sur la base de ces propositions, les travaux de remembrement commencent. Après six ans de travaux, de propositions de plans, de négociations avec les associations de sinistrés, on abandonne notamment l'idée de construire sur le bassin à flot. Son comblement est stoppé en 1949.

Après le déminage, le déblaiement, la réfection de l'ensemble de l'infrastructure (eau, électricité, gaz), la première pierre est enfin posée le 12 mars 1949, rue du Port. Lorient se rebâtira dans la négociation permanente avec ses habitants et aboutira à un plan respectant le tracé d'avant-guerre, contrairement à Brest, Saint-Nazaire ou Le Havre par exemple.

 

 

Les immeubles de la reconstruction

Immeuble dit l'Arsenal de terre
Immeuble dit l'Arsenal de terre

Immeubles d'inspiration régionale

Par exemple : Place Alsace Lorraine, îlot rue de Liège, rue du Port, etc.

Ils sont caractérisés par :

  • une composition générale faisant appel le plus souvent à la symétrie
  • des toitures à deux pentes couvertes en ardoise
  • la présence de lucarnes en toiture et des ouvertures plus hautes que larges
  • des modénatures d'accompagnement encadrements de fenêtres, appuis...
  • des ferronneries traditionnelles : barreaudages droits
  • les constructions forment des îlots fermés à entrée et sortie.

Le travail se fera sur la base administrative de l'îlot, espace délimité par quatre rues, sur un rythme imposé par le financement des dommages de guerre, soit, à Lorient, deux par an. Chaque îlot aura un architecte en chef chargé de l'unité esthétique de l'ensemble. Ainsi, une trentaine d'architectes, lorientais pour la plupart, vont travailler sur le secteur du centre ville de 1949 à 1963. Toutes les tendances et les influences de l'architecture des années 50 sont représentées. Les premiers îlots seront compacts et fermés : simple mise en volume du parcellaire permettant de lire parfaitement les limites de propriété. Puis la tendance sera d'éviter les cours fermées et d'ouvrir le cœur de l'îlot à l'espace public et progressivement le bâtiment s'éloigne du tracé des rues.

 

Les immeubles d'inspiration moderne

Par exemple : îlot rue de Liège, rue du Port, Tour Martel, la " Banane ", etc.

Ils sont caractérisés par :

  • des porte-à-faux : auvents, balcons
  • des toitures terrasses ou toits jardins
  • des fenêtres en longueur
  • des pilotis : réels ou souvent factices
  • une composition générale sur une rue ne laissant pas apparaître des séparations physiques de copropriété.

îlots fermés et îlots ouverts se côtoient, favorisant ainsi la diversité architecturale : de la restauration à l'identique jusqu'à la copie d'une cité radieuse, l'immeuble du Moustoir réalisé par l'architecte Conan en 1962.

 

Les dates clés

  • 1943 : Georges Tourry est nommé urbaniste en chef
  • 1944 : présentation à Auray d'une première esquisse de la reconstruction
  • 1945 : libération de Lorient : déblaiement et premiers baraquements
  • 1946 : premier plan de reconstruction. Début du remembrement
  • 1946-49: mise en fonction des réseaux
  • 1948 : acceptation du plan de reconstruction
  • 1949 : pose de la première pierre rue du Port en mars et arrêt du comblement du bassin à flots.
  • 1951 : cinéma le Royal
  • 1952 : école de Merville
  • 1953 : début du lycée Dupuy de Lôme et ensemble "La Banane"
  • 1954 : école Bisson
  • 1958 : pont d'Oradour, Parc des sports
  • 1960 : hôtel de ville
  • 1963 : immeuble du Moustoir
  • 1964 : halles de Merville
  • 2003 : théâtre

Les Architectes de la Reconstruction

Rogé Beauvir (Né le 16 mars 1915 à Saint-Brieuc)

Son désaccord célèbre avec la motion « les architectes du Morbihan condamnent les taudis modernes de Le Corbusier » lors de la présentation de la cité radieuse de Marseille démontre bien ses préférences pour la modernité.

Il travaille à l'agence Reglain avant de s’installer dans sa maison de l’avenue de la Marne qui avec son toit terrasse déjà marquera les esprits. Il a dessiné cette villa "art Déco tardif " lorsqu'il était prisonnier de guerre en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. La liberté de tenter des formes nouvelles ou de réaliser des prouesses techniques est un trait de son caractère. Même si il participe à la reconstruction d’une bonne partie de la ville de Lorient de manière assez sage, il est l’un de ceux qui fera avancer la technique des entreprises Lorientaise en osant demander ce qui était encore impossible : des volutes de béton, des terrasses reposant sur le vide, des poutres démesurées aux formes audacieuses...

Allant jusqu’à faire venir par wagon spécial la plus grande vitre fabriquée alors par Saint Gobain, pour les baies de sa maison de Larmor-Plage. Ce sera d’ailleurs dans la réalisation de villas qu’il se montrera le plus audacieux.

On lui doit une partie de l'îlot du Royal, ainsi que l'angle de la rue du Couëdic et de la rue de liège qui abritera longtemps l'agence Reglain. Ses bâtiments du centre-ville n'auront jamais la force de ses villas où furent appliquées quasi systématiquement les cinq points de la modernité.  Ses œuvres urbaines les plus intéressantes se trouvent en zone du port de pêche (entreprise Kolorian) et à La Nouvelle-Ville (le CEP).

Pierre Brunerie (Né le 18 décembre 1913 à Paris, décédé le 29 mai 1978)

Après une formation à l’école Boulle avec son ami Jacques Olivier, il obtient son diplôme d’architecte durant les années de guerre. Il est durant cette période extrêmement actif et s’illustre en tant que chef de la résistance. À la libération, il hésite un temps sur une carrière militaire avant de se lancer pleinement dans l’architecture. Il partage son agence entre Quimperlé et Lorient ou il mène avec dynamisme la reconstruction de plusieurs îlots ainsi que le chantier d’une des deux premières écoles de la ville : le groupe scolaire Bisson. Pour ce projet, il est associé à Georges Tourry et Maurice Romualdo-Hautefage.

Souvent associé à d’autres collègues, il conçoit la vie d’agence comme un travail d’équipe. Meneur d’homme hors du commun, le « capitaine Brunerie » se lance, là ou d’autres hésiteraient, dans des projets de longue haleine et de vastes chantiers. Ainsi il sera à l’origine du quartier du Ter avec ses 800 logements individuels. Cela parait peu de choses face à la quantité de constructions qu’il a mené à bien durant toute sa carrière. Ce qui fera de l’agence Brunerie l’une des plus prolifiques de Bretagne.

Pierre Brunerie est reconnu comme ayant joué un rôle important dans la reconstruction de la ville de Lorient, d'abord en association avec Henri Conan, puis comme chef d'îlot (61 et 104 notamment).

Il s’intéresse très tôt au méthode de préfabrication et recherche en permanence des modes constructifs innovants et efficaces. Ce sera la marque de son architecture. Ses réalisations traduisent une tendance moderniste, s'appuyant souvent sur une préfabrication. Sa présence comme architecte d'opération de bâtiments modernes, que sont l'école Bisson (avec Georges Tourry) et les Halles de Merville (avec Félix Le Saint), sans que l'on sache sa part réelle de création, le place plutôt dans le camp des progressistes. Il est seul à la tête de l’îlot 161 (rues du Port, Poissonnière, cours de La Bôve).

Recentrée sur Quimperlé (Finistère), l’agence perdurera par son fils. En effet, il avait un cabinet à Lorient jusqu'en 1975 de 3 à 4 personnes ainsi qu'une agence plus importante à Quimperlé qui comptait 10 personnes vers 1976-1978. Son fils Jean-Pierre, associé à l'agence dès 1976, reprendra cette dernière en 1978. Il est lui-même décédé en 1997.

Henri Conan (Né le 23 janvier 1917 à Foeil, décédé en février 1983)

Henri Conan est l'un des acteurs importants de la Reconstruction à Lorient. Construit pour l’office public communal d’HLM, l’immeuble du Moustoir devait faire figure de « tête d’entrée de la Cité nouvelle ». Il peut apparaître comme une variation sur le thème des unités d’habitation de Le Corbusier dont il reprend, sur une plus petite échelle (99 logements), les caractéristiques : construction sur pilotis, plan en duplex pour la plupart des appartements, traversant et desservis par une coursive extérieure, avec des pièces à vivre s’ouvrant plein sud, sur une loggia pour la moitié d’entre eux, toit-terrasse accessible, magasin alimentaire accolé au pignon Est. Admis comme une construction d’avant-garde, le bâtiment a été unanimement salué par la presse locale, les locataires et le maître d’ouvrage.

L’immeuble du Moustoir est directement issu des préceptes de la Charte d’Athènes de Le Corbusier. L’immeuble s’élève sur pilotis, la toiture terrasse est accessible, un magasin alimentaire lui était accolé, la majorité des appartements sont en duplex. Bien que d’une dimensions moindre il fait référence à la Cité radieuse de Marseille ou plus près de nous Rezé-les-Nantes. Ici les coursives sont extérieures et l’école maternelle laisse la place à un simple solarium et jeux d’enfants, mais ce sont bien les mêmes intentions qui sont recherchées. Cet immeuble a été volontairement placé en perspective du pont d’accès au centre-ville afin de servir de vitrine au dynamisme du Lorient reconstruit. Au travers de pilotis, l'automobiliste devait apercevoir les plantations du Parc des Sports. A l'origine, ce projet était destiné à la cité du Ter au Sud de Lorient. Une copie plus grossière se trouve à proximité du cimetière de Keryado.

Quant à l’immeuble de la rue du port, au niveau de la place Paul Bert, présente la sobriété dont il se réclamait, même si sa joyeuse coloration d’origine l’a fait surnommé le « Perroquet » ou le « Technicolor » par les Lorientais. Cette construction marque son admission dans le camp des progressistes, collaborant à maintes reprises avec Brunerie ou Le Saint. Il travaille également sur le lycée Dupuy deLôme avec Albert Beaudeau et Réné Grihangne.

D’un esprit scientifique, il avait entamé des études de mathématiques avant de s’orienter vers l’architecture. Partisan des idées modernes, il est sans concession et défend l’idée d’une beauté architecturale basée sur la vérité des matériaux, l’utilisation des couleurs pures et l’adaptation de la forme à la fonction. Participant actif dès les débuts de la reconstruction, il applique ses idées afin d’apporter une réponse à l’urgent problème du logement. Il signera ainsi un grand nombre de cités provisoires (Le Petit Batteur, Keryado), puis d’immeubles collectifs en étant l'un des principaux architectes des HLM (Kersabiec, quai de Rohan). Si l’architecte urbaniste parisien André Schmitz est désigné comme architecte en chef de la ZUP de Kervénanec, Henri Conan en conçoit les immeubles dans le respect du concept de l’urbaniste. Le chantier débute en 1969 mais en 1973, une loi stipule qu’une ZUP ne peut être signée d’un même architecte. Henri Conan passe alors la main et son projet qui imaginait une galerie commerciale et un immeuble central de 20 ou 28 étages est remis en cause  : libérer l’espace au sol en privilégiant de grands espaces végétalisés. Une galerie simplifiée et deux barres de huit étages sont retenus.

René Delayre (Né le 12 juillet 1924 à Clermont-Ferrand, décédé en Finlande le 20 juillet 1969)

Jeune diplômé à Clermont-Ferrand, il choisit de s'établir à Lorient en 1947. Il prendra une part active dans la reconstruction pour constituer par la suite l'une des plus grosses agences lorientaises des années 1960. Sa réputation de "pompeur de revue" parmi les architectes traduit effectivement son désir de nouveauté et de suivre au plus près l'actualité architecturale. Il fut sans doute l'architecte qui renouvela le plus le vocabulaire d'architecture à Lorient. Certains détails devenant d'ailleurs quasiment sa marque de fabrique : les "bouches à feux" d'aération en terre cuite, les ondulations en béton moulé...

Ses débuts avec l'arsenal de terre marque déjà son plaisir du détail. Un grand nombre de bâtiments à Lorient portent sa signature : ensemble Saint-Christophe (boulevard de Normandie), la bande des 40 mètres (boulevards Svob et Leclère), une grande partie du boulevard Léon Blum, le boulevard Cosmao-Dumanoir, la gare routière, l'immeuble Plein-Ciel, l’immeuble SCI au Chant des oiseaux, le foyer du Marin, la biscuiterie Saint-Sauveur, la gare routière, le presbytère et la maison des œuvres Saint-Louis, immeubles de l’arsenal de mer, place de la gare, station-service du boulevard Franchet d’Esperey et du boulevard Normandie, Armor-Nautic à Larmor-Plage, les écoles de Kerentrech, Sainte-Thérèse, Saint-Christophe... En 1956, à l’exception de deux immeubles d’avant-guerre, il réalise entièrement les immeubles qui entourent la place Clémenceau. L’année suivante, c’est le lancement de l’ensemble Saint-Christophe (impasse de Normandie, boulevards de Normandie, d’Oradour-sur-Glâne). Il élabore les cinq immeubles jumeaux du bas du boulevard de Normandie ainsi que l’immeuble en parallèle : ils ont pour but de former une entrée à la ville par le nord.

Il est également l'auteur de plus de 200 maisons individuelles dont beaucoup très spectaculaires à Lorient et ses environs ainsi que du plan d'urbanisme de la ville de Caudan.

Jean-Baptiste Hourlier (Né le 16 octobre 1897 à Paris, décédé le 16 mars 1987 à Saint-Germain-en-Laye)

Élève de l'atelier Defrasse et Madeline à l'École des beaux-arts de Paris, il remporte le premier Grand Prix de Rome en 1923 et en 1926 le prix Guadet pour son projet de diplôme.

Pensionnaire de l'Académie de France à Rome jusqu'en 1931, il établit un projet de restauration de la ville de Sienne au moyen-âge pour son envoi de dernière année et obtient pour cette œuvre, en 1932, la médaille d'honneur du Salon des artistes français.

Il est choisi par Georges Tourry, parmi les Grands Prix de Rome nécessaires pour établir les bâtiments publics de la reconstruction, en grande partie du fait de son expérience lorientaise dans le cabinet de l’architecte Dutartre pour le projet de la chambre de commerce en 1927. L’idée qu’il en soit le véritable auteur étant couramment admise chez les architectes. Il travaille à Lorient entre 1946 et 1952. Il est chargé de tous les bâtiments prestigieux de Lorient à commencer par l’église Notre-Dame de Victoire (dite Saint-Louis) et la place Alsace-Lorraine. En ordonnançant la place, il retient dans la modénature la leçon d’Auguste Perret (en charge de la reconstruction du Havre) en adaptant harmonieusement l’urbanisme monumental de Perret. Il établit également les projets successifs suivant l’acceptation du plan de la ville, de l’hôtel de ville, de la sous-préfecture, du tribunal, du palais des congrès et de l’hôtel des finances.

Sa collaboration avec Georges Tourry dépasse largement la simple invitation pour ses projets. Il fait partie intégrante de son équipe. Le représentant souvent, c’est en grande partir Hourlier qui examine et corrige les permis de construire. Son travail sur l’ensemble des architectes lorientais est donc primordial.

Chose assez courante chez les Prix de Rome de reconstruction, on note une nette évolution dans ses choix esthétiques. L’examen des projets successifs de l’hôtel de ville est en cela révélateur. Le projet qu’il dépose pour l’îlot 150 fait de jeux de volumes, de lames de béton décalées du plan de la façade, coursives, trames pointillistes d’hublots (rappelant le vocabulaire mis en place dans l’ensemble de la Banane), s’opposant à l’ordonnancement des hôtels de la place Alsace-Lorraine.

Félix Le Saint (Né le 4 juin 1913 à Chrebourg, décédé le 18 janvier 1975 à Lorient)

Il restera longtemps dans l'ombre, quasi clandestinement dans les premiers temps de la reconstruction. Il s'affirme pourtant comme étant l'architecte le plus doué de la mouvance moderne à Lorient. Son manque de charisme et sa discrétion l'empêche d'avoir l'agence que son talent mérite à l'image d'un Delayre.

Ses réalisations concernent essentiellement le centre de Lorient. Retravaillant continuellement ses projets, grand adepte du modulor et des théories de la Charte d'Athènes, il réalise les ensembles marquant de la fin de la reconstruction lorientaise : îlot 156 (rue des Fontaines), passage du Blavet, place Aristide Briand, place Jules Ferry, halles de Merville. Il n'hésite pas à renouveler les principes de remembrement et à jouer sur les règlements adoptés pour la reconstruction de Lorient. Au vu de ses projets restés dans les cartons, il est certain que tout en restant intègre dans ses réalisations effectives, il aurait pu changer bien plus encore l'esthétique lorientaise. D'où ses démêlés avec Georges Tourry, qui bien que l'appréciant fortement, le freine constamment.

Il est le premier à Lorient à poser les bases d'une architecture faite de composition de volumes plutôt que d'un linéaire de façades.

Paul Lindu 

Élève de l’école de Rennes, il présente ses esquisses d’admission à l’école nationale supérieure des beaux-arts de Paris – section architecture en 1917. En 1924, il reçoit le second Prix Rougevin pour un dessin. Collaborateur d’agences parisiennes jusqu’à la déclaration de guerre, il est lauréat en 1942 d’un concours d’études provinciales lancé en Bretagne par le Commissariat à la reconstruction immobilière. Il entame alors sa carrière libérale à l’occasion de sa nomination comme architecte reconstructeur.

Dès l’été 1943, cet architecte DPLG, seconde à l’ouvrage, Georges Tourry pour le futur plan d’urbanisme de Lorient. Il est également chargé de l’étude dans le cadre d’un projet régional, du plan d’urbanisme de toute l’agglomération lorientaise. Ainsi, il se retrouve l’architecte en chef de treize communes du Morbihan. C’est parce qu’il est natif de la région et pour palier au parisianisme qui est si insupportable aux bretonnants qu’il est nommé au côté de Georges Tourry. Le 24 novembre 1943, ils présentent tous deux une première maquette du nouveau Lorient où les premiers traits du projet sont tirés : les grands axes de circulation, dissociation industrie et centre-ville, dédensification de l’intra-muros et zones vertes.

Le 16 décembre 1946, il modifie le plan d’aménagement de Lanester qu’il a dressé le 15 mai 1946. Le 29 janvier 1947, il dresse le plan d’aménagement de la commune de Keryado pour le ministère de la reconstruction et de l'urbanisme, sur un plan dressé en mai 1944 par le géomètre et cartographe Robert Choquard. En retravaillant le plan, Paul Lindu y colle des morceaux auxquels il apporte des modifications notamment sur la limite de zone de construction en ordre continu.

À Lorient, le lotissement de la place de la Poterie qui comprend 37 maisons est le second lotissement de la reconstruction. Il est réalisé à partir de 1949 selon les plans de Jean Martel et Paul Lindu. Lindu construit l’école Pie X (rue de Clisson) en collaboration avec Maurice Baduel et participe à la réalisation de la Banane et à celle du groupe scolaire du Manio. Entre 1957 et 1958, en collaboration avec Yves Guillou, il construit l’hôtel de ville de Caudan, puis à nouveau ensemble, ils construisent entre 1960 et 1962, l’église Saint-Pierre et Saint-Paul à Caudan.

Jean Martel (Né le 21 juin 1908 à Alençon)

Bien qu'établi depuis peu à Lorient, il est rapidement reconnu comme une figure importante parmi les architectes. Il signe les îlots 121 et 122 dès le début de la reconstruction et surtout, associé à Maurice Ouvré, le premier chantier de prestige qu'est le groupe scolaire de Merville. L’ensemble scolaire est commandé dès 1948. On remarque son penchant pour la pierre et le goût de la composition ordonnancée bien qu'empreinte déjà d'une modernité sage. La banque située rue de l'Assemblée Nationale, toute en pierre de taille avec des colonnes de granit de cinq mètres de haut d'un seul tenant, en est l'exemple. Il tente très tôt le mariage d'un vocabulaire art-déco à base de demi-ronds d'ouvertures verticales et de volumétrie lourde avec les standards modernistes. Ces compositions subtiles de fenêtres verticales sont un modèle de compromis.

Délégué de l'Ordre des architectes pour le Morbihan, il est considéré très tôt comme chef de file des architectes lorientais. Prônant une reconstruction de qualité, il s'oppose comme beaucoup, aux tentatives de cités radieuses d'un Le Corbusier. La tour qui porte son nom, rue de la Patrie, est son dernier projet lorientais.

Jacques Olivier (Né le 23 mars 1913 à Paris, décédé en 2004)

Ancien élève de l’école Boulle (en compagnie de son ami Pierre Brunerie), d’où lui vient son appellation d’architecte DPE (diplômé par l’État), il est un grand admirateur de Le Saint, appréciant les idées modernistes. Également architecte des deux parties, régionalistes et modernistes, il a une grande admiration pour le Grand Prix de Rome qu’est Jean-Baptiste Hourlier. Il obtient son diplôme en 1942.

C’est sans doute pour ses idées de créateur de formes qu’il est choisi par l’urbaniste Georges Tourry et l’architecte Jean-Baptiste Hourlier comme architecte d’opération de l’ensemble de la Banane qui lui permet alors de se jouer de la plastique urbaine. Le chantier de Lorient lui donne l’occasion de satisfaire son esprit inventif. Il signe, seul ou en équipe, des projets importants dans la lecture de la ville. Il retravaille constamment ses projets d’envergure que sont la partie sud du nouveau quartier de l’Eau-Courante et surtout l’ensemble Oradour. Il signe dans l’intra-muros peu de choses, les anciennes halles Saint-Louis aujourd’hui détruites, et moins d’une dizaine d’immeubles Ses maisons individuelles rappellent celle de Félix Le Saint, en particulier par la qualité du travail des volumes. Il est également à l’origine du quartier du Ter avec Pierre Brunerie. Les liens d’amitié sont un trait de son caractère. On lui reconnait également un humour pointu traduisant son regard sur les situations ou les personnes.

Appréciant les idées modernes, il se révèle assez tôt comme l’un des plus progressiste parmi ceux qui ont rebâti la ville. Il se démarque par un vocabulaire épuré que peu oseront employé à l’époque. La forme extérieure de chaque bâtiment ce devant d’être simple et claire, révélant de la manière la plus évidente la géométrie du lieu: ici un croisement, là une courbe ou une ponctuation. C’est la forme générale qui prévaut, refusant tout effet de style purement décoratif. Il fait simplement jouer la lumière sur les aplats blancs, ne se permettant qu’un alignement de légers balcons ou d’une trame de points perçant la façade comme toute texture. Par ses formes blanches il sculpte la ville afin d’en clarifier la lecture.

L’aspect minimaliste de l’extérieur de ses immeubles contraste très souvent avec la qualité de ses détails et la virtuosité de l’aménagement intérieur où il retrouve sa formation première d’ébéniste. Ici aussi les formes semblent également sculptées pour servir l’espace. Du volume d’une cage d’escalier, d’une cheminée se noyant dans la plastique d’un mur, ou d’une cloison de rangements, toutes pièces constituant l’habitat s’accompagne d’une profusion de détails réfléchis et soignés dans leurs réalisation. La plastique et le pratique se rejoignent pour le plaisir de l’habitant.

Sa production architecturale s’éloigne qu’épisodiquement des environs de Lorient, il signera pourtant  un grand nombre d’opération, notamment du côté de Guidel.

Membre honoraire de l’Ordre des architectes, il s’était retiré dans sa maison du Quai des Indes, pour se consacrer pleinement à ses passions artistiques d’origine: la sculpture et la peinture.

Maurice Ouvré (Né le 6 janvier 1901 à Dinan, décédé le 22 mai 1974)

Exerçant à Paris, il s’installe définitivement à Lorient en 1938. Dès le début de la reconstruction, il a la confiance des élus. Participant avec Jean Martel à la réalisation de l’école de Merville dès 1951, il devient chef d’îlots dans l’intra-muros. Grand admirateur de Perret, il est le tenant d’un classicisme structurel, tentant rapidement la préfabrication. Ses réalisations sont par la suite agrémentées d’éléments purement modernes. Sans doute encouragé par son fils René (architecte travaillant avec lui), grand admirateur de Le Corbusier et utilisateur forcené du Modulor, il signe un grand nombre de maisons particulières dans les environs de Lorient, dans un style balnéo-ludique, souvent très spectaculaire. On peut dire que Maurice Ouvré fait le lien entre le traditionalisme d’un Reglain et le progressisme d’un Le Saint. On lui doit les deux îlots du bas du cours de La Bôve donnant sur le bassin à flot. En 1954-1955, avec Delayre il réalise l’ensemble de Carnel (en face du cimetière). Delayre intervient sur les maisons alors qu’Ouvré travaille sur les immeubles et notamment sur  les immeubles jumeaux de la rue Vannier. Les références à Le Corbusier et à d’autres immeubles de Maurice Ouvré y sont clairement visibles (pilotis en béton banché, pavés de verre et voiles brise-soleil en béton, balcons métalliques, faux calepinage des pignons). Quant à son fils, il est l’architecte d’œuvre du palais des congrès et de la piscine municipale.

Henri Reglain (Né en janvier 1901 à Dinan, décédé le 22 mai 1974)

Ayant une agence à Lorient depuis 1931, un grand nombre de ses références d’avant-guerre ne font état que de rénovations et de réaménagements. Il bénéficie d’une réputation d’amateur de détails techniques et de matériaux riches. Il garde de sa première expérience de reconstruction à Reims après la Première Guerre mondiale, le goût de l’identique. Chef d’îlots dès le début de la reconstruction, dont celui de la première pierre de l’intra-muros, il signe des immeubles d’une grande qualité de finition, sa préférence allant aux façades de granit et aux compositions à tendance art-déco. Il signe les établissement Lappartient à La Perrière (réaffectés pour abriter l’école européenne supérieure d’art de Bretagne), les entrepôts de la Coop à la Villeneuve, le cinéma Le Royal ainsi que la tour de l’arsenal de terre avec l’aide importante de Joël Guenec.

Georges Tourry (Né le 14 mai 1904 à Paris, décédé le 16 juillet 1991)

Ingénieur sorti de l’école polytechnique de Paris en 1924, il suit ensuite l’enseignement de l’école des Beaux-arts. Il obtient son diplôme d’architecte DPLG (diplômé par le gouvernement) en 1931. Il devient professeur d’architecture à l’école nationale des ponts et chaussées. Il est connu pour avoir construit de grands ouvrages publics tel que des ponts et notamment celui du Carrousel à Paris, celui de Joinville, des aéroports et aérogares (Chartres, Bourget, Havre), des hôpitaux militaires (Dijon, Morhange), des stades scolaires (Montreuil à Paris). Il a également à son actif le plan d’urbanisme de Chesne et des agglomérations du canton de Chesne. Sorti vainqueur de l’appel d’offres pour la reconstruction de Lorient, il est nommé architecte et urbanisme en chef et le contrat est signé le 30 août 1943. Il a des idées ambitieuses et audacieuses pour Lorient mais il doit revoir la copie de son plan à plusieurs reprise. On dénombre pas moins de cinq plans différents en 1943 et 1950, avec cependant une permanence de deux éléments : le zonage, séparation nette de la partie d’habitation des zones industrielles de la ville ancienne, ainsi qu’un plan de circulation efficace par la création de nouvelles percées et le franchissement de la voie ferrée. Il propose une reconstruction déplacée sur Larmor-Plage mais dès la première réunion du 24 novembre 1943, les Lorientais s’y opposent unanimement. Avec ce projet, son idée était de laisser la totalité de l’emplacement du Lorient détruit à la libre extension de l’arsenal, du port de pêche et du port de commerce. À défaut, Georges Tourry tente un déplacement au niveau de l’anse du Ter, puis finalement le recentrage, place Jules Ferry déplaçant de mille mètres seulement la zone administrative de la ville. Le 7 février 1944, deuxième présentation publique du projet corrigé devant une assistance fournie. Des craintes apparaissent cependant sur l’implantation de la grande artère des boulevards de Normandie et Blum ainsi que sur la zone verte du parc des sports du Moustoir qui bien qu’elles soient acceptées, laissent apparaître le spectre des expropriations. Le 11 janvier 1945, une délégation lorientaise présente le projet à Raoul Dautry au ministère de la reconstruction. Une dernière réunion y a lieu le 11 avril 1946. Ce jour-là le plan est mis au point pour être accepté par le ministère le 28 novembre 1946. Suite à de nombreuses corrections notamment sur le tracé des voies, le comblement complet du bassin à flot et le déplacement de l’église « Saint-Louis », un nouveau plan est approuvé le 29 avril 1948. Il faut attendre 1950 pour qu’un nouveau plan de remembrement soit publié. C’est sur ce plan qu’apparaît pour la première fois la courbe de la banane, la sphère des halles de Merville, la forme carrée de la place Aristide Briand, le déplacement du théâtre au bout de la place Jules Ferry (palais des congrès). Sur ce plan général de la ville, le centre urbain n’est plus la place Jules Ferry comme le souhaite l’urbaniste mais bel et bien comme le désiraient les commerçants, la place Alsace-Lorraine.

Tourry apparaît comme un orateur de grande envergure. Un brin de diplomatie le rend capable, sinon de rallier l’assistance à son point de vue, de trouver l’argument réconfortant pour chacun. Il laisse le souvenir de quelqu’un avec qui l’on peut discuter, et qui reconnait le talent même s’il est opposé à son point de vue. Peu importe que l’îlot soit ouvert ou fermé, si le projet est bien fait, il le défend. Il n’impose rien, ce qui passera plus tard pour être son principal défaut. Il fait entièrement confiance à Jean-Baptiste Hourlier, tout en gardant un œil sur tout, visant particulièrement l’esthétique des permis du centre-ville. Comme pour Paul Lindu qui l’assiste pour étudier le plan de regroupement régional entre Lorient et les communes alentours, un autre confrère natif de la région lui est adjoint en tant qu’architecte en chef : André Guillou. Le géomètre Robert Choquard est désigné le 15 mars 1943 pour dresser les premiers relevés qui ont été établis.

À Lorient, il se place dès le début dans le camp des architectes plutôt que dans celui de la municipalité. Ainsi, lorsqu’en 1957, on tente de le relever de ses fonctions au profit de l’urbaniste Claude-Hugues Boistière, une pétition signée par dix architectes lorientais réclame son retour dont une majorité du courant moderniste.

Estimant largement le talent d’Hourlier, Prix de Rome, il découvre dans Félix Le Saint l’émule de la charte d’Athènes, l’esprit qu’il espère pour faire évoluer l’architecture de Lorient. Pour l’anecdote, à partir de 1949, il fait la tournée des chantiers plusieurs fois par mois avec une 2CV qu’il laisse en permanence à Lorient. Lorsqu’il y habite, il loge dans une baraque américaine située dans l’ancien square Nail (en-dessous de la place Aristide Briand à l’emplacement de l’avenue du Faouëdic).

Après avoir achevé sa mission à Lorient, Georges Tourry se distingue à nouveau par la construction de bâtiments publics comme les hôpitaux de Besançon, Nantes ou Mulhouse, le centre de tri des PTT boulevard Brune à Paris ou encore des universités.

Autres architectes étant intervenus lors de la reconstruction (non exhaustif)

À un degré moindre et dans la lignée de Jean-Baptiste Hourlier, de Félix Le Saint et de Jean Martel, citons Maurice Baduel, David qui fut souvent l'architecte d'opération de Jean-Baptiste Hourlier, Albert Baudeau qui collabore en 1950 avec Hourlier sur l’îlot 164 (rues du Port – Liège Dubail et cours de La Bôve), René Grihangne connu du reste pour être un grand négociateur de contrats. Dans la même ligne que Jacques Olivier, citons Charles Pirioux, Jaffré, René Millot, Alfred Landelle, ainsi que les architectes Emmanuel Quémard (îlot 155 : rues des Fontaines, Bert, Liège Dubail) et Joël Guenec dont l’influence est marquante sur Lorient, bien que leurs interventions rares.

L’hôtel des postes du quai des Indes est l’œuvre de Pierre-Jack Laloy. On doit le temple protestant à Charles Perrin. Nessim Bigio qui intervient en 1956 sur les immeubles pré-financés de l’arsenal de mer en collaboration avec François Davy, Joël Guenec, René Delayre et François Jaffré, travaille sur des maisons individuelles de la rue Claire Droneau. Nombreux sont ceux à travailler sur la tour Guémené : Pierre Brunerie, Jean-Baptiste Hourlier Yvon Lamaury, René Millot Maurice Ouvré et Maurice Romualdo-Hautefage. Maurice Romualdo-Hautefage dessine également des maisons individuelles de la rue amiral Lacaze. Si Jacques Bourgeois intervient avec Hourlier, Lindu et Olivier sur l’immeuble de la Banane, il est seul au commande de l’immeuble à l’angle du boulevard Svob et de la place de la Libération ainsi que de l’immeuble en double Y du square Svob.

Pour les projets HLM du boulevard de Normandie, pas moins de sept architectes travaillent sur le projet : Albert Barthe, Henri Conan, Fournier, Yvon Lamaury, René Millot, Maurice Ouvré et René Richter. En ce qui concerne les immeubles HLM au sud-est du pont d’Oradour-sur-Glâne, Félix Le Saint et Pierre Brunerie sont associé à Alfred Landelle, René Millot et René Marsollier tandis qu’au sud-ouest seul Alfred Landelle intervient. Pour ceux situés au nord-ouest Jacques Olivier est accompagné de René Grihangne. Les sept barres d’immeubles situés au nord du boulevard de l’Eau-Courante sont l’œuvre de Quémard.

Albert Parenty (l’architecte urbaniste oublié de la reconstruction, Né en 1877 à Paris, décédé en 1953 à Paris)

Architecte diplômé par le gouvernement, licencié en droit, et urbaniste, il est l’un des fondateurs en 1911 de la Société française des architectes urbanistes (SFAU) qui devient dès 1919 la SFU (société française des urbanistes). Il est aussi président de la Société d’hygiène de France fondée en 1884.

Réalisé par Albert Parenty, le plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension de Lorient a été reconnu d'utilité publique en 1936 et a été particulièrement remarqué au salon des urbanistes en 1941. L’élaboration d’un tel plan est une tâche de longue haleine, entre les délibérations du conseil municipales et sa déclaration d’utilité publique. il s’écoule en moyenne 6 à 7 ans. Dans le cas de Lorient, il en faudra 10. Albert Parenty a également réalisé le projet d'aménagement de Beauvais, autre ville sinistrée.

Dès le 8 mars 1943, deux jours après que Lorient soit reconnue comme une ville sinistrée nécessitant un plan de reconstruction et d'aménagement, Georges Tourry lui est préféré par le maire Eugène Gallois-Montbrun qui le connait personnellement.

Le 10 mars 1943, le maire écrit à Albert Parenty pour lui annoncer qu'il n'a pas été retenu. Il met également de côté la proposition de Monsieur Calvez (inspecteur du port de Lorient) et de Monsieur Blanchard (ingénieur de la ville) alors pressentis pour la réalisation des études préliminaires du projet de reconstruction de Lorient.