L'école Saint-Joseph

Une grande aventure

Les Frères des Écoles Chrétiennes arrivent à Lorient en septembre 1849 à la demande du chanoine Charil de Ruillé (1800-1881), curé de la ville qui se désole de l'indifférence religieuse des habitants. Leur école située rue Vauban, répond à l'attente de la population laquelle fait confiance aux bons frères qui sont “de si bons instituteurs des enfants du peuple.” Le nouvel établissement “qui retire du vagabondage cinq à six cents enfants pour les moraliser et les instruire” profite des lois en vigueur et de la bienveillance du conseil municipal pour se développer et devenir communale. Le chanoine Charil est satisfait et exhorte les paroissiens à confier leurs enfants à l'école chrétienne car : Partout où ils s'établissent, la bienveillance publique les couvre de sa haute et inviolable sanction. Évidemment la bénédiction du ciel repose sur ces humbles religieux. Quel zèle ! Quel oubli de soi même ! Quel saint amour de l'enfance ! Tout à fait étranger aux préoccupations de ce monde, leur vie si modeste  se passe entre leurs classes, leurs cellules et la maison de Dieu, où ils puisent chaque jour l'esprit d'abnégation et de sacrifice.

À partir de 1870, tout change, la municipalité dirigée par les Républicains souhaite réduire l'emprise de l'Église sur les esprits et la vie sociale. C'est le début d'une politique anticléricale et d'un anticatholicisme virulent qui aboutissent en 1886 à l'exclusion des congrégations enseignantes des écoles publiques et par la suite à la laïcisation de l'école des Frères de la rue Vauban (1888) reprise par la ville.

L’école libre Saint-Joseph

Les catholiques réagissent à cette « agression » en construisant dans la Nouvelle-Ville, une école pour les disciples de Jean-Baptiste de La Salle. Le 19 mars 1889, Mgr Bécel, évêque de Vannes bénit l’ensemble scolaire Saint-Joseph situé rue Dupleix. Cette cérémonie est un moment important pour les catholiques de la ville car elle consacre le triomphe de leur foi et de leur charité sur la persécution, elle voit surtout  la joyeuse consécration de leur résistance et de leurs sacrifices. L’école profite d’une période d’apaisement pour poursuivre son développement en ouvrant un cours professionnel[1] avec « des ateliers pour l’ajustage et les travaux manuels, afin de préparer les élèves aux examens des mécaniciens de la Flotte et des Arts et métiers. » L’arrivée d’Emile Combe à la présidence du Conseil ne rassure pas les religieux car la politique suivie mène à la fermeture de l’école des Frères qui quittent la ville  en septembre 1905 et à la loi de séparation de l’Église et de l’État, le 9 décembre 1905. Le chanoine Duparc, curé de Lorient organise la riposte « aux lois scélérates » en maintenant et en finançant une école chrétienne. Dans ces conditions, l’école Saint-Joseph poursuit son apostolat avec un personnel sécularisé.

La Grande Guerre

Le conflit de 1914-1918 met un terme à la « persécution » religieuse. C’est « l’Union sacrée » et la mobilisation de toutes les énergies pour la défense de la Patrie. L’école Saint-Joseph comme la plupart des bâtiments de la ville est réquisitionnée et accueille les blessés de la guerre. Alors que la victoire se dessine[2], le directeur de Saint-Joseph apprend que l’établissement de la rue Dupleix est cédé au collège Saint-Louis et dans ces conditions « non négociables » les religieux doivent retourner dans les vieux locaux de la rue Vauban[3] ! C’est la consternation et une grande injustice que les frères ressentent profondément : « Nous sommes des pauvres Frères oubliés et peu considérés des gens du monde ! »

De retour dans les vétustes bâtiments de la rue Vauban-du Couëdic, ils poursuivent cependant leur mission au service de la population et ouvrent le 18 juillet 1931, une école technique privée. En décembre 1933, M. François Tanguy (frère Donat-Emilien) est nommé directeur et transforme en quelques années  l’établissement. Malheureusement, la guerre met un terme à cette expansion et les violents bombardements de janvier et février 1943 qui anéantissent la ville obligent les religieux à se réfugier à Quistinic où ils installent le camp scolaire au château de la Jacquelot. Pour les maîtres, l'œuvre n'a pas sombré dans la tourmente et c'est l'essentiel. Après la Libération[4] et le déblaiement des ruines de la ville martyre, les religieux reviennent[5] à Lorient et s'établissent malgré l’opposition du maire socialiste de la ville, Emmanuel Svob, dans les locaux paroissiaux de l'école Sainte-Thérèse qui n’a pas trop souffert des raids aériens. Certes, il faut remettre en état les classes et acheminer le matériel scolaire de Quistinic mais l’enthousiasme  l’emporte sur les difficultés. Le 30 novembre 1945, le  frère François Tanguy effectue la rentrée scolaire et accueille 237 élèves. L'école Saint-Joseph dans les baraques de la rue Duguesclin est très vite à l'étroit et ne peut répondre aux demandes des familles qui souhaitent scolariser leurs enfants chez les « bons frères ». La seule solution est de construire une nouvelle école sur le terrain de Kerguestenen acquit en 1947.

L’école Saint-Joseph à Kerguestenen

Après bien des hésitations, la décision est prise et les travaux commencent. Le 30 mai 1959, Mgr Le Bellec, évêque de Vannes et Paul Bollet, maire-adjoint de Lorient inaugurent le nouvel établissement. Ce dernier devient au fil du temps un des fleurons de l'enseignement catholique du Morbihan grâce à l'action conjointe des religieux et des laïcs unis dans la même œuvre d'éducation. Le 21 novembre 1999, le maire de Lorient, Norbert Métairie accueille avec chaleur au grand salon de l'Hôtel de ville les participants au 150e anniversaire de l'arrivée des Frères des écoles chrétiennes à Lorient. C'est la reconnaissance par les autorités municipales de la place de l’établissement dans la cité qui sans cesse s’attache à toujours mieux répondre aux besoins des jeunes et de leurs familles. En 2004, après 155 années au service des jeunes, les religieux quittent Saint-Joseph et en 2008, l’école célèbre le 50e anniversaire de son implantation à Kerguestenen[6].

Patrick Bollet


[1] 6 septembre 1889.

[2] Août 1918.

[3] En 1892, la cour de cassation condamne la ville de Lorient. Elle doit restituer l’école de la rue Vauban. Cette dernière est alors occupée par l’externat Saint-Louis.

[4] Mai 1945.

[5]  22 septembre 1945

[6] 7 octobre 1958