La Poche de Lorient

Soldats du front de Lorient (coll. André Aunier
Soldats du front de Lorient (coll. André Aunier)

Après le débarquement des Alliés en juin 1944 en Normandie, les troupes progressent rapidement pour libérer le territoire français. La Bretagne est libérée en grande partie, pour certaines villes au prix de lourdes pertes. Mais les Allemands se replient sur des endroits stratégiques à Lorient et à St Nazaire où ils ont construits des places fortes.

La Poche de Lorient s'étend de la Laïta à Quiberon et englobe les îles de Groix et de Belle-Île. Les limites de la poche de Lorient restent stables durant toute la période malgré les combats permanents qui se déroulent sur sa ligne de front.

La Poche se referme en août 1944 et n'est libérée que le 10 mai 1945.

Carte de la Poche de Lorient

Carte de la Poche de Lorient
Carte de la Poche de Lorient
Carte de la Poche de Lorient

La Poche de Lorient

Le pavillon Gabriel
Le château du Ter
La villa Kérilon à Larmor-Plage
Le pavillon Gabriel
Le pavillon Gabriel
Le château du Ter
La villa Kérilon à Larmor-Plage
Le château du Ter
Le pavillon Gabriel
Le château du Ter
La villa Kérilon à Larmor-Plage
La villa Kérilon à Larmor-Plage

La région lorientaise est occupée à partir du 21 juin 1940.

Très vite, l’amiral Dönitz (commandant des sous-marins allemands jusqu’en 1942 puis de la Kriegsmarine de 1943 à 1945) choisit Lorient pour y établir son poste de contrôle. La position stratégique de sa rade sur l’Atlantique ainsi que ses aménagements déjà existants (Arsenal, liaisons ferroviaires…) participent à ce choix.

L’organisation Todt implante son chantier sur les terrains libres de la pointe de Keroman alors réservés à l’extension du port de pêche.

La ville se métamorphose en clé de voûte du front de l’Atlantique. Son sort en est scellé.

La base des sous-marins de Keroman est le plus grand édifice militaire construit par les nazis hors d’Allemagne. Le dispositif de mise à l’abri des sous-marins U Boot  est alors unique en Europe.

La plus grande base de France joua un rôle de tout premier plan dans la bataille de l’Atlantique.

Le commandement allemand s’installe dans le pays de Lorient. Les trois villas de Kernevel à Larmor Plage vont servir de QG à l’Amiral Dönitz d’octobre 1940 à mai 1942.

Les pavillons Gabriel à Lorient reçoivent le poste de commandement de la Marine et la direction vichyssoise du port. La Kommandantur siège à la Chambre de Commerce. Lomener et Kerletu accueillent des groupes d’artillerie de Marine. Le château du Ter est réquisitionné par l’Etat Major de la DCA Marine.

Festung Lorient

Salle d'identification des appareils à Lann-Bihoué
Construction des pistes à Kerlin-Bastard
Porh-Puns à la pointe de Gâvres

Le mur de l’atlantique, décidé le 14 décembre 1941 par Hitler dès l’entrée en guerre des Etats-Unis, doit éviter à l’Allemagne la constitution d’un second front à l’ouest, pendant qu’elle poursuit son invasion en URSS. La priorité est la défense des bases de sous-marins dont le rôle offensif est fondamental, puis des grands ports jugés indispensables à la logistique d’un débarquement et enfin des points les plus importants de la côte.
Les Allemands protègent donc Keroman contre un éventuel débarquement, mais aussi contre les attaques terrestres, en cas d’un débarquement ailleurs. Des travaux à grande échelle s’engagent à l’automne 1942, ils durent jusqu’en mai 1944. C’est le Festung Lorient, une ligne de fortification de 24 km qui inclut l’île de Groix.
D’anciennes fortifications du littoral, tout comme des batteries d’alerte et des réserves françaises sont réutilisées et renforcées : Gâvres (1920, modernisée en 1939) ou construite pour la guerre comme à Kergroix (Quiberon).
Le Festung abrite deux équipements majeurs : la base des sous-marins et le terrain d’aviation de Kerlin-Bastard (futur Lann Bihoué). Il compte au total plus de 400 blockhaus, nids de mitrailleuses, tours de guet, hôpitaux souterrains, ateliers de maintenance… 400 000 m3 de béton sont nécessaires à la réalisation de la défense de la région lorientaise (hors base des sous-marins). Par ailleurs, de nombreux dépôts d’armes sont disposés sur le territoire : au nord de l’étang du Ter (Ploemeur), à Kersalo (Pont Scorff) avec des installations de la Kriegsmarine, un dépôt de cones de combat à Mentec (rive droite du Scorff), deux autres sur les rives du Scorff, un dans la citadelle de Port Louis. Enfin, à proximité de la base des sous-marins, six bunkers abritent les torpilles des sous-marins.

 

 

La base aéro-navale de Lann-Bihoué en 1941 :
Superficie : 1200 hectares
- 2 pistes
- chemins de roulement
- 75 hangars (dont 37 à double voûte en béton et partiellement enterrés)
- 150 baraques de grande taille (en moyenne 40 m sur 9 m)
- nombreux bunkers
- 5 châteaux d’eau enterrés et une piscine
- une voie ferrée venant de Gestel et la gare de Kervilien
- 7 soutes à carburant entérrées
- une plate-forme pivotante pour la compression des compas des aéronefs (vestiges visibles à Kervaise)

 

 

 

La difficile avancée des alliés

Maquisard du 7e bataillon FFI
Combats pour la prise de Lorient sur la RN165 près de Gestel

Après le débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944, et alors que le reste de la Bretagne est libérée en août, autour de Lorient, la logique du Festung triomphe.

Profitant du retard pris par les Américains, les formations allemandes du Finistère et du reste du Morbihan se retranchent sur Lorient entre le 4 et le 6 août. Le général Fahrmbacher, promu commandant supérieur en Bretagne, lui-même replié dans l’un des bunker de la base de Keroman, a reçu l’ordre d’Hitler de tenir le Festung au moins huit semaines (56 jours).

Depuis Arzano, le Combat Command B gagne Pont-Scorff le 7 août en vue de prendre Lorient avec l'aide du 7e bataillon FFI du Morbihan.
A Quéven, ils subissent les tirs de la batterie du Moustoir-Flamm. Quelques unités progressent vers Lorient. A Kerlétu, une nouvelle attaque d'une batterieDCA allemande les incite à faire demi-tour et à se replier sur Pont-Scorff. Le Combat Command B restera sur le front de Lorient.

Depuis Auray, le Combat Command A - 4e DB tente une percée sur Hennebont mais face aux tirs d'artillerie se dirige vers Lochrist où il se retrouve bloqué. La formation se replie sur Caudan le 9 après avoir renoncé à s'engager sur Lanester. Finalement, le Combat Command A abandonne le front de Lorient pour Nantes.

La semaine sanglante d’Hennebont

Soldats alliés sur les bords du Blavet à Hennebont
Fantassin américain progressant à l'abri d'un blindé à Hennebont

A l’annonce de l’arrivée des Alliés, le général Fahrmbacher renforce ses positions sur la commune.
Les forces américaines rejoignent le centre-ville d’Hennebont le 7 août 1944. Des bombardements font 21 morts civils. Mais les Allemands se sont repliés non loin, à Saint-Caradec d’où ils détruisent un char américain. Les 5e et 7e bataillons FFI ont pris position sur la rive gauche du Blavet ; les Allemands entre-temps, ont fait sauter les ponts. Le centre-ville en flammes, la commune se vide de sa population avec l’aide des FFI. Depuis Vannes, un convoi de camions emmène les sinistrés dans toutes les communes du département, en particulier Inzinzac-Lochrist et Languidic, bien que l’ordre d’évacuation n’ait pas été promulgué à cette date.
Le 8 août, un corps franc du 5e bataillon FFI arrive à Hennebont depuis Baud et se place près des ponts que les Allemands ont fait sauter. Le lendemain, le bataillon progresse à Saint-Caradec, la Vieille-Ville et chasse les Allemands du camp des Genêts. Il s’établit au Touldouar et au camp de Saint-Nudec à Lanester. Le 7e bataillon se charge dans le même temps de neutraliser la partie est de la commune. ; une section du même bataillon libère le château de Bel-Air, la zone de Kergars et de Kerlivan. Le même jour, la 1e compagnie établit son Q.G. au camp du Capitaine de Beaufort tandis que les prisonniers allemands sont regroupés aux Haras d’Hennebont. Le 10 août, la commune est encore occupée dans sa périphérie : la ligne de front longe la voie ferrée par le sud, coupant Hennebont en deux. Le 12, les troupes ennemies essuient un nouvel échec en tentant de reprendre le point d’appui de Kerlois : un FFI est tué.
Les civils vont subir la vengeance d’une armée en déroute : le 6 août, 5 hommes sont fusillés à Kerpotence et à Saint-Gilles, entre le 7 et le 9 août, 28 personnes sont massacrées dont 19 rien que dans la journée du 7 alors que la moitié de la commune est tout juste libérée. Le 11 août, 9 habitants de Villeneuve sont froidement fusillés. Au total, entre le 6 et le 11, 39 civils, 4 FFI et 150 soldats allemands trouvent la mort.

Quéven « par le fer et par le feu »

Le monument de Beg Runio
Le centre de Quéven détruit
Le château de Kerrousseau

Depuis Arzano, le Combat Command B (C.C.B.) du général Draggers gagne Pont-Sorff le 7 août 1944 en vue de prendre Lorient avec l’aide du 7e bataillon. Des troupes ennemies sont postées dans le Bas Pont-Scorff, prêtes à répondre. A Quéven, les combattants alliés subissent les tirs d’artillerie de la batterie allemande du Moustoir-Flamm qui causeront 20 morts côté américain et plus de 80 blessés, sans compter des dégâts matériels. Quelques unités blindées progressent vers Lorient via Quéven en fin d’après-midi. Elles sont en position à Beg Runio au niveau de la voie ferrée lorsque survient un train transportant notamment 33 otages français arrêtés le 4 août à Rosporden. Le convoi se retrouve au milieu des tirs des armées belligérantes et 9 otages, en tentant de s’enfuir du wagon en feu, trouvent la mort. Le monument de Beg Runio rappelle aujourd’hui cet épisode.
Au “Perroquet vert” à Kerlétu tout près de Keryado, alors que les blindés continuent leur progression, nouvelle attaque d’une batterie de D.C.A. allemande. Les pertes (3 chars) et la puissance de feu ennemie incitent les chars à faire demi-tour. Le général Draggers se retire derrière le ruisseau de Kerruisseau (le P.C. des blindés sera installé au sud du château de Kerrousseau).
A Quéven, les combats font rage. Après avoir procédé à des expulsion sponctuelles dns les villages, le 16 août les allemands décident l’évacuation totales de la population. 2000 personnes prennent le chemin de l’exil, 200 resteront à Quéven.
La commune de Quéven subit les feux des batteries jusqu’au 18 août. Le bourg est détruit à 80 %.

La défense allemande

Allemands en side-car cours de Chazelles à Lorient
Défense côtière allemande

La situation le 10 août 1944 : l'organisation allemande
Le 10 août, le cercle s’est fermé autour de Lorient. Les Allemands n’ont plus de liaison terrestre. Un no man’s land d’une largeur de 500 mètres se crée dans les zones que les Alliés ont un instant libérées avant de battre en retraite. Le général Fahrmbacher doit développer la capacité de défense des lignes terrestres, organiser le ravitaillement, former des unités capables de se battre, repousser la ligne principale de résistance le plus loin possible et faire croire à l’ennemi à une haute capacité de défense. Une liaison radio permet le contact avec la direction suprême de la Wehrmacht, la 265e division de Saint-Nazaire et les sous- secteurs de la Poche.

26 000 hommes environ sont enfermés dans la Poche. Militaires de la Wehrmacht et ouvriers ne sont pour la plupart pas préparés ou engagés pour la première fois dans un combat terrestre.

Les effectifs sont répartis entre l’armée de terre (8 250 hommes), la Marine (13 200) et l’armée de l’air (1 200). De plus, 1 200 unités sont stationnées à Quiberon et dans les îles ainsi que quelques soldats étrangers (Danois, Espagnols, Wallons…) et des unités de l’Est (Russes Blancs, Géorgiens, Ukrainiens, Cosaques) affectés à la garde des côtes et considérés comme peu sûrs (plus de 300 d’entre eux déserteront dans les premiers mois du siège).

En plus du Festung, le Génie met en place trois autres lignes (dont 2 de repli) pour maintenir les positions, contenir l’avancée alliée et donner une certaine profondeur au système de défense. La ligne de résistance terrestre est longue de 54 km environ.

Le système défensif

Artillerie allemande rue Paul Guieysse à Lorient
Canon allemand à Plouharnel : pièce de 340 du Bégo
Vestiges du Pont-Brûlé à Quéven

Pour rendre la défense terrestre plus performante, les défenses maritimes sont tournées vers les terres. L’artillerie est ainsi ré-articulée et regroupée différemment avec, au préalable, l’aménagement de positions bétonnées. Comme les batteries de marine, les batteries de D.C.A. comportent 4 cuves bétonnées dont le tir est coordonné par le poste de direction de tir pourvu d’un télémètre blindé.

La Poche compte 140 canons de campagne d’un calibre compris entre 75 et 105 mm ainsi que 30 pièces supérieures à 105 mm ; auxquels s’ajoutent 130 canons de D.C.A. dont de nombreux canons de 88 mm. Au total, toutes armées confondues, entre 450 et 500 pièces d’artillerie de tous calibres protégent la forteresse.

La résistance allemande s’appuie sur une ligne d’avant-postes constituée par une succession de points d’appui. En arrière des avant-postes, les points d’appui comprennent des réseaux de barbelés, des champs et des routes minés (parfois les mines sont factices faute de moyens), des barrages anti-chars. Les zones basses sont inondées, les carrefours sont garnis d’explosifs. Autour de Guidel et  Ploemeur, des champs de mines sont constitués de bombes d’avions enterrées et commandées à distance. Dans les premiers jours du siège, au moment de la réorganisation du système défensif, la protection anti-chars est renforcée par les canons de 88 mm des sous-marins, placés sur les principales voies d’accès de Lorient. Les ponts sont dynamités : à Saint-Maurice sur la Laïta, sur le Scorff, le pont de chemin de fer de Lorient.

Le Pont-Brûlé :
Pour empêcher les blindés américains de franchir le Scorff en août 1944, les troupes allemandes arrosent d’essence le pont de bois reliant la rive caudanaise à Quéven qu’ils avaient bâti en 1940. Les piliers du pont sont toujours visibles.

Le dispositif de défense

Blockhaus dans l'arsenal de Lorient
Obstacles à l'embouchure de la Laïta
Télémètre de la batterie du Grognon sur lîle de Groix

Des barrages de mines sont disposés sur les routes au nord et au nord-est de la ville. A Kéroman, un dispositif radio et de transmission optique vers les principaux postes de commandement est placé sur l’un des trois bunkers. Dans les secteurs ouest, nord et est de la Poche, des abris de terre en forme de bunkers sont installés et complétés par des haies de barbelés, des fossés et des mines anti-chars. Des troupes mobiles de défense anti-chars protègent les positions terrestres.

Le manque de temps et de matériel, la présence d’un sol marécageux ou rocheux empêche la construction ou l’achèvement d’ouvrages fortifiés. La défense de la Poche s’appuie principalement sur des éléments préexistants (les batteries de D.C.A. et d’artillerie), l’édification d’installations de campagne n’avança de manière très sensible que sur les fronts ouest, nord et est.

Dans le secteur de Quiberon, une ligne de défense de 1000 mètres de long à 500 mètres au sud-ouest d’une ligne Plouharnel-Sainte-Barbe est établie à partir des infrastructures du Mur de l’Atlantique pour couvrir la batterie du Bégot.

Aucune ligne de résistance n’est aménagée dans les îles.

Les limites du bastion sont fluctuantes entre septembre et décembre 1944 : les armées antagonistes conquièrent et perdent du terrain.

La batterie du Bégot, Plouharnel :
En juin 1940, l’armée allemande récupère les 3 canons français de 340mm au dépôt d’artillerie français de Saint-Pierre-Quiberon pour les intégrer dans la défense de la festung de Lorient. 2 ans de travaux furent nécessaires à l’Organisation Todt pour la construction de l’une des plus puissantes batteries de la région. En 1944, la 4e batterie du 264e groupe d’artillerie côtière lourde de la Kriegsmarine couvrait l’ensemble de la rade de Lorient de Belle-Ile à Groix. 310 hommes occupent la position codifiée VA 300 (Vannes 300).
Les 3 canons français furent montés sur affût pour voie ferrée et placés dans 4 encuvements gigantesques de 36 mètres de diamètre. Près de 60 bunkers (abris, casemates) et 10 canons de 75mm barraient la presqu’île. Le poste de direction de tir et l’imposant télémètre de marine étaient postés dans une tour en béton de 14 mètres et qui resta debout malgré les nombreux tirs alliés. Avec leurs consolidations, les Allemands purent conserver cette position isolée du reste de la forteresse à la fin de l’année 1944. Mais ce n’est qu’en février 1945 qu’ils purent résoudre les difficultés techniques, soit retourner leurs canons vers le continent, et procéder à quelques tirs d’intimidation, notamment en direction de Vannes, soit à une trentaine de kilomètres de distance. Les pièces de 340 furent neutralisées suite à un violent bombardement de plusieurs jours en avril 1945.

Les forces alliées

Après avoir cru en une défense symbolique, les Alliés se font à l’évidence que la résistance allemande est faite pour durer. Une partie des forces américaines seulement reste donc sur le front de Lorient et se replie au nord-ouest de Pont-Scorff. Le port de Lorient, vide de ses sous-marins, ne représentant plus un intérêt stratégique, les Américains privilégient en effet la reprise de l’offensive vers l’Est.
Le 25 août, le commandant Manceau regroupe les unités françaises issues de la résistance. Il organise commandement et administration. Les hommes âgés ou chargés de famille sont libérés, les autres sont engagés : près de 10 000 hommes entrent ainsi dans l’armée régulière. Des bataillons F.F.I. des Côtes du Nord rejoignent les bataillons morbihannais et finistériens à partir de la mi-septembre. Fin août, le service de Santé est organisé, un hôpital est créé à Larmor-Baden tandis, l’hôpital allemand de Sainte-Anne-d’Auray devient l’hôpital F.F.I. Charles de Gaulle. En octobre, une section des transmissions et une compagnie de transport automobile sont mises en place.
Du 15 août au 25 octobre, les 12 bataillons issus de la résistance du Morbihan nouvellement organisée sont sous les ordres du lieutenant-colonel Morice (commandant militaire départemental), basé à Vannes. Les bataillons sonts sont répartis entre Lorient et Saint-Nazaire. Le sous-secteur de Lorient est conduit par le commandant Manceau, basé à Auray. Il regroupe 7 bataillons F.F.I. du Morbihan (5 620 hommes) ; des bataillons F.F.I. du Finistère et des Côtes du Nord et la compagnie de la Trinité avec l’aide des troupes américaines.
A la fin octobre, les bataillons intègrent les Forces Françaises de l’Ouest (F.F.O.) conduites par le général Larminat, secteur Morbihan (F.F.M.B.). 10 000 hommes sont sous le commandement du Lieutenant-colonel Morice.
Côté américain, la 94e division d’infanterie américaine (D.I.) du général Malony remplace la 6e division blindée du général Grow à la mi-septembre ; cette dernière avait relevé la 4e D.B. en août, cantonnée à une faible partie du secteur nord de Lorient. Les forces de la 94e D.I. s’installent sur une ligne Pont-Sorff–Hennebont. Le 1e janvier 1945, venue directement des Etats-Unis, la 66e D.I. du général Kramer (6 000 hommes environ) lui succède jusque la capitulation.
Le front de Lorient va se stabiliser en août sur 65 kilomètres. Les FFI ont pour mission de resserrer l’espace occupé par les Allemands et de se maintenir sur des positions bien défendables. Jusqu’en décembre, les armées antagonistes effectuent quelques avancées dont la plus violente à Sainte-Hélène en octobre.

Affrontements et ligne de front

Une cahute entre Gestel et Pont-Scorff
Des hommes de la 19e DI dans une cahute
Un GI manipulant un obus

Pendant 277 jours, c’est à une guerre de positions que se livrent les armées belligérantes avec quelques combats violents mais limités (Sainte-Hélène, Etel). A partir du mois de janvier, les positions des forces en présence ne vont plus évoluer jusqu’à la capitulation. Mais, les tirs gagnent en intensité : en mars, le réseau de l’alimentation d’eau de Kéryado et la station de pompage de Lannénec sont rendus inutilisables pour les occupants. Attaques surprises et tirs de harcèlement se succèdent.

Les conditions de vie sont particulièrement difficiles, au dedans comme à l’extérieur des limites du siège. Le ravitaillement est mal assuré.


Batterie américaine pilonnant les positions allemandes

Les forces françaises se réorganisent

Hommes du 19e Dragons
4e régiment de fusiliers marins

Le 26 octobre 1944, le général Borgnis-Desbordes prend le colmandement de la 19e DI (dite division bretonne) qui remplace les FFMB.
Plus de 9000 hommes sont répartis entre le 19e Dragon (2 escadrons), les 118e, 71e et 41e régiments d’infanterie et trois bataillons d’infanterie de type Rangers, le 10e régiment d’artillerie, un bataillon de sécurité, une compagnie de transmission et une autre de Q.G. (360 officiers et soldats). Le 4e régiment d’infanterie de l’air issu des FFI du Loir-et-Cher (1 300 volontaires) s’installe dans le sous-secteur de Nostang du 10 novembre au 1e décembre ; enfin des fusiliers-marins (600 hommes) sont également présents. 20 223 Français sont alors engagés sur le front. Une situation difficile persiste dans les domaines de l’équipement, de l’habillement et de la militarisation des résistants au sein de la 19e division d’infanterie. Et les relations internes deviennent parfois tendues.

Au 1e janvier 1945, le sous-secteur ouest passe sous commandement américain et le sous-secteur est sous contrôle français.


Le colonel Muller et ses hommes du 118e RIM

La reprise de Sainte-Hélène

L'église de Sainte-Hélène en 1945
L'église aujourd'hui

A l’est du front, les troupes allemandes tentent d’élargir la Poche à la limite naturelle qu’est la rivière d’Etel et de s’approvisionner en pommes de terre. Sainte-Hélène abrite également le P.C. du commandement F.F.I. Le Coutaller où transitent des parachutistes anglais sous l’action du Colonel Bourgoin. Le 11 septembre 1944, des artilleurs allemands pilonnent Sainte-Hélène et incendient le bourg. 90% des habitations sont détruites et la population est contrainte à l’exil. Les vestiges de l’église témoignent aujourd’hui du drame. Le 28 octobre, après d’âpres combats, la commune tombe finalement aux mains des troupes allemandes et l’événement est relayé par Radio Berlin comme une victoire décisive. Les patriotes parviennent néanmoins à conserver la maîtrise du pont et à empêcher l’extension de la Poche.

Les bombardements

Abri de combat à Plouharnel
Un abri à Plouharnel
La centrale électrique de l'arsenal après les bombardements
L'église de Guidel

A la mi-août, les attaques aériennes menées sur la base de sous-marins ralentissent. Mais, le 26 août, un appareil pilonnant la zone de Kervignac à Port-Louis, frappé par un tir de D.C.A., s’écrase dans une exploitation à Kérastel en Riantec faisant une victime civile. Le 11 octobre, Port-Haliguen est bombardé. Début novembre, c’est le tour du Pont du Bonhomme.

Les tirs d’artillerie visent principalement les observatoires (les clochers, comme celui de Guidel le 3 février). Le 1er objectif est la neutralisation mutuelle des points d’observation et des batteries. Le 24 septembre, la puissante batterie du Bégot est sous le feu des Alliés mais sans dégâts majeurs. Le 17 octobre, les FFI réitèrent les tirs depuis Saint-Colomban ; le 4 novembre, les tirs de la batterie atteignent le chapelle Saint-Michel près de Carnac. Le 10 novembre, l’artillerie frappe de 500 coups le Bégot tandis que depuis la route allant de Plouharnel à Erdéven et celle de Sainte-Barbe et Plouharnel, trois tours d’observation allemandes sont détruites. L’Etat-Major du Corps d’Armée allemand décide de renforcer le point d’appui, ce qui entraîna la nomination d’un commandant, le capitaine Von Maltzahn, responsable de la défense de la batterie et de la presqu’île.

Les dépôts de munitions et de carburant sont également les cibles de tirs : le 27 janvier à Kermalo en Guidel, le 9 mars à Merlevenez, le 13 avril à Kerloeïz en Riantec.

Ces attaques ne sont pas sans endommager sérieusement les communes, parfois par manque de précision. A l’automne 1944, l’arsenal de Lorient est fortement touché. Le 16 février, des tirs d’essai des canons de la batterie du Bégot en direction de la gare de Vannes atteignent des habitations et tuent 7 personnes.

Au mois d’avril, les bombardements se multiplient, les dégâts matériels sont importants dans la région de Plouay et d’Hennebont.

Des missions sont assignées à l’artillerie lourde américaine comme la destruction des 3 canons de la batterie du Bégot à Plouharnel. En avril, la batterie de Quiberon est rendue inutilisable et les canons de 203 mm de Groix sont détruits.

Au total, 144 civils seront victimes de ces bombardements.

Vie quotidienne dans la Poche

Evacuation de la Poche - Plouharnel
Colonne de réfugiés près de Guidel
Evacuation de la Poche - Guidel
Vache broutant rue de Strasbourg - Lorient
Poste de commandement dans une cahute sur le front
Groupe de FFI faisant une pause pour fumer

Côté allemand, le problème du ravitaillement et d’énergie est quotidien.

Les « empochés » doivent apprendre à vivre en autarcie. A Lorient, l’édification d’une station électrique et des éoliennes est rapidement achevée. Malgré le blocus, les Allemands conservent la maîtrise des mers et ne furent jamais vraiment isolés. La communication avec la poche de Saint-Nazaire a permis l’envoi de vivres, de matériels, de courriers.

L’achat de vivres auprès des habitants fonctionne toujours mais les prix deviennent au fil des mois exorbitants.

Les Allemands installent une boucherie, une boulangerie (1,5 millions de pains seront produits durant le blocus), un moulin à céréales, une presse à huile une distillerie, une brûlerie à café. L’ancien terrain d’aviation de Kerlin-Bastard (Lann Bihoué), devenu obsolète suite aux bombardements accueille 7 200 bœufs, plus de 400 veaux et un vaste potager.

Chez les soldats mal nourris, la mortalité connaît un pic. Certains refusent de travailler, désertent, commettent des exactions envers les civils. Ainsi, au mois d’août, 18 civils sont tués.

 

 

Le sort des civils

La population connaît la faim, le froid (l’hiver 1944-1945 est particulièrement rigoureux), l’inconfort et la privation (plus d’électricité ni de bois, plus de radio, plus de café ouvert ni de tabac). La pénurie alimentaire atteint par endroit, comme à Groix, un seuil critique.

La vie sur le front 

Durant les premières semaines du front, l’Etat-Major des F.F.I. fait ce qu’il peut pour organiser une armée (il manque d’officiers qualifiés), installer un service de santé, des postes de secours avancés…

Le peu d’armement acquis est mal adapté à la puissance de feu allemande. En janvier 1945, certains bataillons n’ont encore reçu aucun armement et l’hiver se passera pour certains hommes en simples effets civils et sabots de bois.

Les conditions matérielles sont extrêmement difficiles au cœur d’un hiver rigoureux, sur le front des « oubliés » maintenant que la majeure partie du pays est libérée. Le temps est long.

Le colonel Muller examine les sabots d'un de ses hommes

Chronique d'une libération

La signature de la reddition
Ober Schmitt, le colonel Borst et M. Hodges de la Croix Rouge Internationale au Magouer
Cérémonie de la reddition à Caudan
Le menhir de la reddition à Caudan

Le 7 mai 1945, un message radio émis depuis l’Allemagne invite les places fortes à s’incliner. Après les pourparlers organisés au Magouër, à 15 heures, la capitulation sans condition est signée au café breton à Etel le 7 mai à 20 heures, le cessez-le-feu étant prévu pour le 8 mai à 00h01.
Entre le 8 et le 10 mai, les troupes d’occupation appliquent les exigences des Alliés et en profitent pour faire disparaître toutes traces d’archives. La cérémonie de reddition a lieu le 10 à 16 heures à Caudan. Le général Fahrmbacher remet symboliquement son arme au général américain Kramer. Le général Borgnis-Desbordes et le colonel Morice représentent les Forces Françaises de l’Intérieur.
C’est le terme de 9 mois de siège.
Le 8 mai 1945, l’Allemagne nazie capitule mais les 23 communes de la Poche ne sont donc libérées que le 10 mai et l’île de Groix le 11.
Devancés par les troupes américaines, les soldats F.F.I., en uniforme anglais et canadien, entrent dans la Poche le 10 mai à midi. Au total, 24 441 hommes sont faits prisonniers, dont 2 000 blessés et 800 malades. Un matériel considérable en bon état est pris. Les installations vitales du port et la base des sous marins sont intacts et prêts à être réutilisés.
Les 16 et 18 mai sont découverts les charniers des civils fusillés à Penthièvre et à Port-Louis.
Il faut déminer un territoire truffé de plus de 38 000 mines et de centaines de kilos d’explosifs. La liberté de circulation n’est rétablie que le 14 Juillet 1945.
Mémorial des Martyrs du Fort de Penthièvre à Saint-Pierre-Quiberon
Après le débarquement en Normandie, la répression des services de sécurité nazis envers la résistance devient plus féroce. Des groupes de résistants, transférés depuis la prison de Vannes, furent torturés et fusillés au fort de Penthièvre entre le mois d’avril et le mois de juillet 1944. En 1948, un obélisque fut élevé en la mémoire des 59 victimes retrouvées.
Mémorial des Fusillés de la Citadelle à Port-Louis
La Citadelle de Port-Louis fut également un lieu de répression et de supplice pour les Résistants captifs. Après la reddition allemande, un charnier y fut découvert en mai 1945. 69 patriotes avaient été jetés vivants dans la fosse avant d’être mitraillés. Le Mémorial a été conçu en 1959 en leur mémoire.