La défense allemande

La situation le 10 août 1944 : l'organisation allemande

Allemands en side-car cours de Chazelles à Lorient
Défense côtière allemande

Le 10 août, le cercle s’est fermé autour de Lorient. Les Allemands n’ont plus de liaison terrestre. Un no man’s land d’une largeur de 500 mètres se crée dans les zones que les Alliés ont un instant libérées avant de battre en retraite. Le général Fahrmbacher doit développer la capacité de défense des lignes terrestres, organiser le ravitaillement, former des unités capables de se battre, repousser la ligne principale de résistance le plus loin possible et faire croire à l’ennemi à une haute capacité de défense. Une liaison radio permet le contact avec la direction suprême de la Wehrmacht, la 265e division de Saint-Nazaire et les sous- secteurs de la Poche.

26 000 hommes environ sont enfermés dans la Poche. Militaires de la Wehrmacht et ouvriers ne sont pour la plupart pas préparés ou engagés pour la première fois dans un combat terrestre.

Les effectifs sont répartis entre l’armée de terre (8 250 hommes), la Marine (13 200) et l’armée de l’air (1 200). De plus, 1 200 unités sont stationnées à Quiberon et dans les îles ainsi que quelques soldats étrangers (Danois, Espagnols, Wallons…) et des unités de l’Est (Russes Blancs, Géorgiens, Ukrainiens, Cosaques) affectés à la garde des côtes et considérés comme peu sûrs (plus de 300 d’entre eux déserteront dans les premiers mois du siège).

En plus du Festung, le Génie met en place trois autres lignes (dont 2 de repli) pour maintenir les positions, contenir l’avancée alliée et donner une certaine profondeur au système de défense. La ligne de résistance terrestre est longue de 54 km environ.

Le système défensif

Artillerie allemande rue Paul Guieysse à Lorient
Canon allemand à Plouharnel : pièce de 340 du Bégo
Vestiges du Pont-Brûlé à Quéven

Pour rendre la défense terrestre plus performante, les défenses maritimes sont tournées vers les terres. L’artillerie est ainsi ré-articulée et regroupée différemment avec, au préalable, l’aménagement de positions bétonnées. Comme les batteries de marine, les batteries de D.C.A. comportent 4 cuves bétonnées dont le tir est coordonné par le poste de direction de tir pourvu d’un télémètre blindé.

La Poche compte 140 canons de campagne d’un calibre compris entre 75 et 105 mm ainsi que 30 pièces supérieures à 105 mm ; auxquels s’ajoutent 130 canons de D.C.A. dont de nombreux canons de 88 mm. Au total, toutes armées confondues, entre 450 et 500 pièces d’artillerie de tous calibres protégent la forteresse.

La résistance allemande s’appuie sur une ligne d’avant-postes constituée par une succession de points d’appui. En arrière des avant-postes, les points d’appui comprennent des réseaux de barbelés, des champs et des routes minés (parfois les mines sont factices faute de moyens), des barrages anti-chars. Les zones basses sont inondées, les carrefours sont garnis d’explosifs. Autour de Guidel et  Ploemeur, des champs de mines sont constitués de bombes d’avions enterrées et commandées à distance. Dans les premiers jours du siège, au moment de la réorganisation du système défensif, la protection anti-chars est renforcée par les canons de 88 mm des sous-marins, placés sur les principales voies d’accès de Lorient. Les ponts sont dynamités : à Saint-Maurice sur la Laïta, sur le Scorff, le pont de chemin de fer de Lorient.

Le Pont-Brûlé :
Pour empêcher les blindés américains de franchir le Scorff en août 1944, les troupes allemandes arrosent d’essence le pont de bois reliant la rive caudanaise à Quéven qu’ils avaient bâti en 1940. Les piliers du pont sont toujours visibles.

Le dispositif de défense

Blockhaus dans l'arsenal de Lorient
Obstacles à l'embouchure de la Laïta
Télémètre de la batterie du Grognon sur lîle de Groix

Des barrages de mines sont disposés sur les routes au nord et au nord-est de la ville. A Kéroman, un dispositif radio et de transmission optique vers les principaux postes de commandement est placé sur l’un des trois bunkers. Dans les secteurs ouest, nord et est de la Poche, des abris de terre en forme de bunkers sont installés et complétés par des haies de barbelés, des fossés et des mines anti-chars. Des troupes mobiles de défense anti-chars protègent les positions terrestres.

Le manque de temps et de matériel, la présence d’un sol marécageux ou rocheux empêche la construction ou l’achèvement d’ouvrages fortifiés. La défense de la Poche s’appuie principalement sur des éléments préexistants (les batteries de D.C.A. et d’artillerie), l’édification d’installations de campagne n’avança de manière très sensible que sur les fronts ouest, nord et est.

Dans le secteur de Quiberon, une ligne de défense de 1000 mètres de long à 500 mètres au sud-ouest d’une ligne Plouharnel-Sainte-Barbe est établie à partir des infrastructures du Mur de l’Atlantique pour couvrir la batterie du Bégot.

Aucune ligne de résistance n’est aménagée dans les îles.

Les limites du bastion sont fluctuantes entre septembre et décembre 1944 : les armées antagonistes conquièrent et perdent du terrain.

La batterie du Bégot, Plouharnel :
En juin 1940, l’armée allemande récupère les 3 canons français de 340mm au dépôt d’artillerie français de Saint-Pierre-Quiberon pour les intégrer dans la défense de la festung de Lorient. 2 ans de travaux furent nécessaires à l’Organisation Todt pour la construction de l’une des plus puissantes batteries de la région. En 1944, la 4e batterie du 264e groupe d’artillerie côtière lourde de la Kriegsmarine couvrait l’ensemble de la rade de Lorient de Belle-Ile à Groix. 310 hommes occupent la position codifiée VA 300 (Vannes 300).
Les 3 canons français furent montés sur affût pour voie ferrée et placés dans 4 encuvements gigantesques de 36 mètres de diamètre. Près de 60 bunkers (abris, casemates) et 10 canons de 75mm barraient la presqu’île. Le poste de direction de tir et l’imposant télémètre de marine étaient postés dans une tour en béton de 14 mètres et qui resta debout malgré les nombreux tirs alliés. Avec leurs consolidations, les Allemands purent conserver cette position isolée du reste de la forteresse à la fin de l’année 1944. Mais ce n’est qu’en février 1945 qu’ils purent résoudre les difficultés techniques, soit retourner leurs canons vers le continent, et procéder à quelques tirs d’intimidation, notamment en direction de Vannes, soit à une trentaine de kilomètres de distance. Les pièces de 340 furent neutralisées suite à un violent bombardement de plusieurs jours en avril 1945.