Les bombardements jusqu’en 1942

Les améliorations apportées au service de la défense passive

5H7 - 5Fi1307 : Affiches défense passive

Toute la journée du 28 septembre fut employée à noyer les décombres, à déblayer les rues, à rechercher les cadavres gisant sous les immeubles écroulés. Les brancardiers, infatigables, participèrent au déblaiement.

Le 29, Lorient achevait de panser ses blessures, quand dans la soirée, les avions anglais réapparurent dans le ciel lorientais et un nouveau bombardement eut lieu. Quelques bombes explosives tombèrent sur le quartier de la Ville-en-Bois, heureusement en partie évacué. On n’eut à déplorer qu’une seule victime.

Puis, ce fut l’interminable série des bombardements de nuit : 12, 15, 17, 27 octobre ; 7, 13, 17, 20, 22 novembre ; 5, 8, 9, 26, 28 décembre 1940. Les nuits sans sommeil ne se comptaient plus et, cependant, la vaillante population lorientaise n’abandonnait pas sa Ville, payant héroïquement sont tribut à la défaite.

Dès le début de l’année 1941, un ralentissement des opérations aériennes sur la région lorientaise se produisit. Toutefois, des bombes tombèrent encore sur la Ville les 12 et 13 janvier, les 15, 19, 20 et 21 mars, le 12 avril et le 6 mai.

Dans la nuit du 4 au 5 juillet, Lorient devait revivre des heures tragiques. Quelques minutes après minuit, les fusées éclairantes s’allumèrent à nouveau sur la ville. En moins d’une heure, plus de 70 bombes explosives s’abattirent sur les différents quartiers, principalement sur l’intra-muros, détruisant 25 immeubles, atteignant l’hôpital Bodélio et y tuant deux matelots infirmiers, provoquant deux violents incendies, coupant les canalisations d’eau en sept points différents, interrompant momentanément les communications ferroviaires et téléphoniques.

A la fin de l’alerte, à 3h50, toutes les victimes étaient relevées par les jeunes secouristes et le bilan du bombardement pouvait s’établir comme suit : morts 9 – blessés 27, dont beaucoup très sérieusement.

Le caporal-pompier de la Ville, DAGAU Maurice, père de trois enfants, était mort, victime du devoir. En se portant sur le lieu d’un incendie, il avait été atteint au ventre d’un éclat de bombe percutant en pleine rue, à quelques mètres de lui.

Cette attaque devait clore la série des bombardements de nuit, jusqu’au 14 janvier 1943, date à laquelle la destruction de la Ville allait systématiquement commencer.

Au fur et à mesure que se produisaient les événements que nous venons d’énumérer, des modifications importantes furent apportées au fonctionnement des services de la Défense Passive. Aux instructions théoriques, furent substituées, peu à peu, des solutions pratiques.

La première mesure, prise dès le 29 septembre 1940, fut le transfert du poste de secours de l’Hôtel-de-Ville dans le sous-sol du Théâtre Municipal, plus grand et d’un accès beaucoup plus facile.

Les dangers auxquels se trouvaient exposés les jeunes guetteurs du fait des tirs rasants de la D.C.A., les difficultés d’accès aux clochers la nuit, et celles de signalisation précise des sinistres, amenèrent la suppression des postes de guet. Les guetteurs reçurent l’instruction des secouristes. On para aux inconvénients que pouvait faire naître cette suppression, par la pose, en différents points de la ville, d’appareils téléphoniques, reliés pendant les alertes au central souterrain de l’Hôtel des Postes. La population pouvait donc, ainsi, faire appel à tous les instants, aux services de secours.

L’insuffisance des caves étayées avait, dès le début des bombardements, inquiété vivement l’Administration Municipale. Grâce à une attribution importante de fonds faite par la Direction de la Défense Passive sur demande des autorités occupantes, la construction d’abris bétonnés, de grande contenance, avait commencé en avril 1941.

Il s’agissait d’abris comportant 400 places assises, édifiés en élévation, sur des terrains libres ou enterrés sous des places publiques. Le ciel de ces abris était constitué par une épaisseur de béton solidement armé de de 1m50.

Les travaux furent activement poussés. Trois de ces abris furent mis à la disposition du public dès le mois d’août 1941 ; deux autres furent ouverts au mois de janvier 1942. Le manque de matériaux interrompit l’exécution du programme qui avait été dressé.

C’est au mois d’avril 1942 que furent créées les équipes permanentes d’incendie et de déblaiement. L’effectif de la Compagnie des Sapeurs-Pompiers fut porté de 40 à 120 hommes, par réquisition de 80 pompiers auxiliaires. Deux motos-pompes vinrent grossir le matériel de la Compagnie.

Enfin, les services sanitaires se virent dotés d’un troisième poste de secours, de deux ambulances automobiles et de voiturettes porte-brancards. Le personnel fut renforcé et, pendant le bombardement du 5 juillet 1941, cinq docteurs assuraient le service au poste de secours du Théâtre Municipal.

Cependant, au cours des alertes, principalement le jour, la population était loin d’observer avec ensemble les consignes qui lui était loin d’observer avec ensemble les consignes qui lui étaient données. Comme dans beaucoup d’autres villes, la circulation continuait d’une façon presque normale après l’émission des signaux d’alarme et de nombreuses personnes sortaient même sur la voie publique, pour observer l’évolution des avions.

Il fallut recourir à des mesures sévères, allant jusqu’à l’emprisonnement, pour obtenir l’observation des règlements. Peut-être les Lorientais se crurent-ils victimes de moyens draconiens, mais qu’ils songent que ces moyens contribuèrent, sans nul doute, à détruire par la suite le nombre des victimes, les effets meurtriers des bombardements étant bien moindres sur une population éduquée et calme que sur une foule indisciplinée et affolée.

Le 21 octobre 1942, à 14 heures, un vrombissement de moteurs, l’intervention de la D.C.A., le sifflement des bombes, les sons ascendants et descendants des sirènes, déchirèrent brusquement l’atmosphère calme d’une belle après-midi.

A 3.500 mètres d’altitude, les forteresses volantes américaines faisaient leur apparition dans le ciel lorientais.

Elles revinrent le 18 novembre, à midi, en nombre imposant. Le bombardement porta principalement sur les terrains du Port de Pêche et boulevard de la Rade où un immeuble fut pulvérisé. On compta 17 morts et 19 blessés.

Texte de  Gustave Mansion, 3 mai 1943.