Le premier bombardement de Lorient

Le premier bombardement de Lorient

Bombes alliées
5Fi6105 - Maison bombardée en 1940

A la veille du 27 septembre 1940, date du premier bombardement de Lorient par l’aviation anglaise, où en était-on de l’organisation de la Défense Passive ?

Les instructions ministérielles avaient été suivies dans leur ensemble, mais le recrutement du personnel avait été difficile et lent.

Au point de vue sécurité générale, la Ville se trouvait divisée en 150 îlots, surveillés par un chef et deux hommes désignés par réquisition.

Trois postes de guet, installés dans les clochers des trois quartiers et reliés par téléphone aux postes de police, devaient permettre la signalisation des sinistres.

Le poste de commandement se trouvait agencé dans un des sous-sols de l’Hôtel-de-Ville. Il était relié téléphoniquement à l’Hôtel des P.T.T. par deux lignes, dont l’une souterraine, et au Central Téléphonique de la Mairie, par une ligne le mettant directement en liaison avec les services municipaux, les postes de police, les hôpitaux, les casernes des pompiers de la Marine et de la Ville.

Dans un local contigu, était installé le poste de secours principal pour les soins d’urgence aux blessés avant leur transport à l’hôpital. Un deuxième poste de secours était aménagé dans le quartier de Kerentrech, sous une école municipale.

Grâce au précieux concours apporté par la jeunesse lorientaise, en les personnes des élèves des grandes classes des écoles secondaires et de l’Ecole Primaire Supérieure, des équipes de secours avaient été formées. Mais ces jeunes volontaires, bien instruits et pleins d’allant, allaient-ils tenir sous l’épreuve ? L’avenir devait nous l’apprendre bientôt !

Le personnel d’un poste de secours se composait d’un docteur, de deux infirmières ou infirmiers volontaires et des équipes de secouristes dont il vient d’être parlé.

Tout le personnel des services sanitaires se trouvait groupé sous les ordres du médecin-directeur du Bureau municipal d’Hygiène, secondé par le personnel de ce Bureau.

Des équipes de déblaiement avaient été constituées par les ouvriers de l’Atelier communal. Le chef de ce service était l’Ingénieur de la Ville.

Il existait peu d’abris. Le Gouvernement ne s’était pas montré, jusqu’alors, prodigue de ses fonds et les 30 caves étayées, la plupart de grande contenance, avaient été aménagées par prélèvement sur le budget communal. Environ 400 mètres linéaires de tranchées avaient été creusées et ces tranchées étaient étayées et couvertes, mais jamais au cours des événements qui vont suivre, elles n’ont été occupées par la population, C’est là une constatation qu’il convient de retenir.

Tel était l’état de la Défense Passive, lorsque le 27 septembre 1940, vers 22 heures, retentit le sigal d’alerte.

Comme de coutume, le personnel de la Défense Passive rejoignait son poste sous les tirs de la D.C.A., quand un fait nouveau fit aussitôt penser qu’il ne s’agit plus, cette fois, d’une simple alerte.

En quelques minutes, la Ville fut éclairée, illuminée par des dizaines de fusées éclairantes se balançant mollement à quelques centaines de mètres de hauteur.

Et le bombardement commença. Bombes explosives et incendiaires se succédèrent pendant plus de deux heures dans un vacarme infernal de vrombissements, de tirs et d’explosions.

Des incendies éclatèrent un peu partout en ville et les demandes de secours affluèrent au poste de commandement.

Successivement prenaient feu, le bâtiment de la Justice de Paix, dans la cour de l’Hôtel-de-Ville ; trois immeubles dont un cinéma, rue Jules Le Grand ; les ateliers de l’Ecole Pratique de Commerce et d’Industrie, quai des Indes ; un immeuble de quatre étages, rue du Port ; l’immeuble de la Mutualité, rue du Lycée et deux autres immeubles, rue de la Concorde. Au Port de Pêche, les magasins des mareyeurs étaient en flammes.

Des habitants affolés, à peine vêtus, couraient, au hasard, dans les rues, n’écoutant pas les conseils des chefs des îlots ou des agents de police.

Après avoir épuisé tous les moyens de lutte contre l’incendie, le Directeur de la Défense Passive fit appel aux pompiers de la Marine, puis à ceux des villes d’Hennebont et de Quimperlé, proches de Lorient, par voitures automobiles car dès les premières minutes de l’attaque, tout le réseau téléphonique fut mis en dérangement.

De leur côté, les Autorités d’occupation alertaient les pompiers de Nantes.

Cependant, les équipes de secouristes recevaient le « baptême du feu ». Courageusement, elles s’étaient mises à leur tâche sous le bombardement. Pendant des heures et des heures, courbant l’échine, les jeunes brancardiers relevèrent les blessés, les transportèrent dans les postes de secours et, après soins, dans les hôpitaux, par ambulances automobiles.

Car les bombes explosives, bombes légères par comparaison à celles qui furent lancées depuis, avaient fait de gros dégâts et un nombre assez grand de victimes.

A la Ville-en –Bois, notamment, quartier situé en bordure du Scorff et à proximité de la voie ferrée, des immeubles en torchis s’étaient effondrés, ensevelissant leurs occupants.

L’Ecole des filles de la Mairie était en partie détruite et un immeuble contigu, donnant sur la rue Traversière, s’était écroulé, faisant 5 victimes. Une aile du Lycée Dupuy-de-Lôme était également atteinte, de même qu’une pharmacie du centre de la Ville.

30 morts, 60 blessés, tel fut le bilan de cette attaque.

Le jour se leva, éclairant les immeubles en ruines, les magasins aux devantures arrachés et les rues jonchées de pierres, de débris de verre et de lignes électriques et téléphoniques coupées.

Lorient venait de vivre une nuit de terreur telle qu’elle devait en revivre malheureusement bien d’autres et combien plus terribles !

Texte de  Gustave Mansion, 3 mai 1943.