Instruments de musique bretonne

Josick Allot : des instruments bretons dans les tranchées

Bombarde (à droite) et trois éléments constituant un biniou

Josick Allot est musicien et féru de culture bretonne. Il enseigne à l'école de musique de Lorient. Il a effectué un travail de recherche sur les instruments bretons utilisés pendant la Grande Guerre, animé par une volonté de faire reconnaître à la fois l'engagement des musiciens bretons dans le conflit et la qualité du travail des luthiers de Lorient et de la région. Notamment le plus important Jean-Pierre Jacob. Installé à Keryado et issu d'une famille de luthiers depuis au moins trois générations, Jean-Pierre Jacob a équipé les trois quarts des musiciens bretons pendant la Grande Guerre !

Josick a reconstitué des instruments d'époque, en s'inspirant de ceux de Jean-Pierre Jacob et il recherche aussi des uniformes pour des interventions musicales. Il participe aux manifestations du Centenaire, à commencer par l'hommage qui sera rendu le 16 octobre à Sainte-Anne d'Auray aux Bretons qui ont péri durant la Grande Guerre, il sonnera avec son compère Erwan Le Hir. Il accompagnera ensuite plusieurs animations proposées par les Archives de Lorient et pourrait aussi s'inscrire dans les ateliers musicaux de l'école de musique.

Sur la photo ci-contre, on peut voir une bombarde (à droite) et trois éléments constituant un biniou une fois assemblés. Les éléments sont le bourdon (le plus long) ou korn boud (en breton), le porte-vent ou le sutel et le chalumeau ou levriad. Manque sur la photo : la poche pour former le biniou avec les trois pièces.

Les binious poilus de la guerre 14-18

Lire l'article de l'Illustration de juillet 1915
Lire l'article de l'Illustration de juillet 1915

"Les Bretons ont été présents dans tous les conflits opposant la France à ses voisins, les Prussiens au XIXe, puis les Allemands au XXe : guerre de 14-18 puis de 39-45. Nous avons tous un père ou un parent qui nous a conté ces faits tragiques. Mon père Emmanuel Allot, Manu pour les intimes, participa à la Résistance et fut artilleur au front en Allemagne.

Originaire de Guémené-sur-Scorff, il s'engagea dans cette bagarre en chantant "En ter seien" (les trois rubans). Sa médaille militaire ainsi que ses rares photographies le représentant, assis sur le fût du canon parmi ses collègues, m'ont intrigué lorsque j'étais enfant. La pudeur l'empêchait de livrer ces faits. A de rares occasions, il me les a racontés. 30 ans après le conflit, le souvenir du premier homme qu'il avait tué en face à face avec son fusil le hantait encore "on s'est trouvés face à face dans un bois, c'était lui ou moi". Il me narra également la mort de leur capitaine qui les avait, lui et ses collègues artilleurs, beaucoup affectés, "petit drame de l'histoire. "

Il préférait nous conter, à nous ses enfants, les histoires comiques de dysenterie causée par les conserves de mauvaise qualité et des "paires de fesses à l'air" à l'arrière du camion qui les transportait à travers l'Allemagne en plein hiver, pas le temps de s'arrêter pour si peu... Il m'a également montré ce coin de bois du côté de Pont-Scorff à l'angle du talus qu'ils avaient aménagé sommairement et où, à l'époque de la résistance, ils surveillaient les convois allemands.

L'expérience de mon père m'a naturellement relié aux Bretons de 14.

Les Bretons étaient si nombreux dans les tranchées que l'armée française, le conflit durant, décida de commander des instruments de musique bretons (bombarde et biniou, notre orchestre breton) chez un luthier de Keryado, Jean-Pierre Jacob. Ces instruments servirent donc à animer les longues attentes et redonner le moral à tous. Ces instruments ont été conservés et j'en ai réalisé une copie. (photo sur cette page) Jean-Pierre Jacob est le luthier breton qui fait toujours référence aujourd'hui, nombre de luthiers contemporains s'inspirent largement de son travail. Détail amusant, l'alésoir (outil qui sert à percer les bombardes) était une baïonnette de la guerre de 70 contre les Prussiens.

Ayons du respect pour ces hommes, quelquefois âgés d'à peine 20 ans qui ont donné leur vie pour la République, la France le pays des droits de l'Homme. La liste des "Morts pour la patrie" présente sur chaque monument aux Morts de chaque village breton témoigne de l'engagement des Bretons au service du pays. Je me suis toujours demandé si j'aurais leur courage en cas de conflit. Heureusement, je n'ai pas eu l'occasion de vérifier."

Josick Allot, 1er août 2014

Site à visiter : https://musikebreizh.wordpress.com/author/kristianmorvan/