13 juillet 1916 - 4 Morts pour la France

Busson Louis

© Mémoire des Hommes
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Directeur de l’usine à gaz et de la station électrique de Sedan
Chevalier de la Légion d’honneur
Résistant, condamné et fusillé par les Allemands
1883-1916

Né à Lorient, le 6 juin 1883, de Joseph Busson, ajusteur au port et de Joséphine Le Mestre, épicière. Il épouse à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), le 15 décembre 1910, Agnès, Marie, Thérèse Respaut. De cette union, nait Yvonne, le 14 octobre 1911. Il est accusé d’espionnage, condamné et fusillé par les Allemands à Sedan (Ardennes), le 13 juillet 1916 à l’âge de 33 ans. Il habitait 6 place de la Commune à Sedan. Après Lorient, Louis Busson poursuit ses études au collège Saint-François-Xavier à Vannes et prépare les baccalauréats de philosophie et de sciences mathématiques. Ensuite, il intègre l’École privée Sainte-Geneviève à Paris afin de préparer Saint-Cyr. Ne pouvant « embrasser » la carrière militaire comme ses frères à cause de sa myopie, il prépare le concours d’entrée à l’École Centrale au lycée Saint-Louis à Paris et en sort en 1909 Ingénieur des Arts et Manufactures. En 1911, il rejoint à Paris la Compagnie française d’éclairage et de chauffage par le gaz et est nommé directeur de l’usine à gaz de Sedan en août 1913. Dans ses nouvelles fonctions, il fait rapidement l’unanimité par son inlassable activité et sa vive intelligence. En Juin 1914, sa femme et sa fille sont à Lorient. Elles ne le reverront plus car le 25 août 1914, la ville de Sedan est occupée comme toute la France du Nord-est. La ligne de front est imperméable et aucune communication n’est tolérée par l’occupant. Pendant cette période, la population doit faire face aux réquisitions, à la pénurie, à l’isolement et à la répression. Louis Busson, resté à son poste, se heurte aux forces d’occupation qui se méfient de ce directeur peu conciliant qui dénonce «trop souvent» leurs méthodes au maire de Sedan : «Nous nous trouvons en présence d’un gaspillage inouï de l’énergie électrique faite par les Allemands. Ces individus n’ayant pas la retenue de ceux qui ont à l’honneur de payer la fourniture se livrent à des abus qu’on ne peut qualifier1.» Par contre, il rend d’inestimables services aux habitants en leur fournissant du charbon pourtant difficile à trouver et aux forces françaises en leur fournissant des renseignements. Le résistant Jean Brégi témoigne : «Il y a eu à Sedan, de 1915 à 1918, une équipe de résistants (…) Je mettrai en tête (le nom) de Louis Busson…trahi par la radio d’alors, un pigeon voyageur fourvoyé.»2 Son arrestation en juillet 1916 est troublante et le motif invoqué l’est davantage : «Il aurait tenté de faire parvenir en France libre un message confié à l’aile précaire d’un pigeon voyageur tombé dans la cour de son usine.» Ce pigeon «intercepté» par les Allemands provoque son arrestation. Interrogé, il se tait et protège son réseau. Il est condamné tout d’abord à 10 ans de forteresse, peine commuée en peine de mort. Il est exécuté le 13 juillet 19163 au champ de tir de la Prayelle.

C’est avec stupeur et indignation que la population apprend par des affiches apposées sur les murs de la cité, son exécution et son inhumation au cimetière communal Saint-Charles.

AVIS
Le Directeur de l’Usine à gaz, Louis Busson, de Sedan, a été condamné par jugement du Tribunal ambulant d’ici, à la peine de mort, pour trahison de guerre, puisqu’il a envoyé à Paris, par un pigeon voyageur, une lettre, dont le contenu avait ce caractère. En exécution de ce jugement, il a été fusillé.
Sedan, le 14 juillet 1916.
Le Commandant d’étape, HEYN, Lieutenant-colonel

Il meurt chrétiennement assisté par un prêtre allemand, le curé-archiprêtre de Sedan Léon Delozanne lui ayant été refusé et crie avant de tomber sous les balles ennemies : «Vive la France.» Sa dépouille mortelle est inhumée au cimetière Saint-Charles. Craignant une manifestation, les Allemands interdisent l’accès du cimetière pendant huit jours. À la fin de l’interdiction la population vient en grand nombre se recueillir devant la sépulture car «le fossoyeur avait pris soin de marquer la tombe en l’entourant d’ardoises.» À la fin de la guerre, le conseil municipal4 de Sedan lui élève un monument et donne son nom à une rue de la ville. Le nom de Louis Busson figure au tableau d’Honneur des Électriciens et Gaziers (1914-1918), sur le monument aux morts de la ville de Sedan, sur le livre d’or du collège Saint-François-Xavier à Vannes dans le Morbihan et de l’École Sainte-Geneviève à Versailles dans les Yvelines, sur les murs de l’École Centrale à Paris et sur les plaquettes commémoratives de l’église Saint-Louis à Lorient. Le 23 mars 1921, la croix de chevalier de la Légion d’honneur lui est attribuée à «titres exceptionnels : fusillé par les Allemands le 13 juillet 1916, à Sedan, sous l’inculpation d’avoir correspondu à l’aide d’un pigeon voyageur avec ses compatriotes.» Cette distinction est commentée par le journal Le Petit Ardennais : « Les Sedanais ont appris avec une vive satisfaction, que la Légion d’honneur venait d’être attribuée à la mémoire du regretté Louis Busson, victime de la barbarie teutonne, fusillé le 13 juillet 1916 (…) A Sedan, Busson restera un symbole et son souvenir se perpétuera : jamais on n’oubliera qu’il fut courageux devant le boche et devant la mort et les assassins eux-mêmes, rendirent hommage à leur victime, en affirmant qu’il était mort en brave et en criant : Vive la France ! »

De nombreuses années plus tard, le conseil municipal de Lorient donne le jeudi 9 février 2012, le nom des Trois-frères-Busson à une rue de la ville. En effet, deux de ses frères sont tués à l’ennemi. Tout d’abord, Lucien, capitaine au 5e régiment d’infanterie tué le 14 septembre 1914 dans la Marne et Joseph, commandant au 3e bataillon d’Afrique, tué le 1er mars 1918 dans la Marne.

1 Lettre du 20 avril 1916.

2 Annales Sedanaises d’Histoire et d’Archéologie N° 32 – 2e trimestre 1957 : « À Sedan pendant l’occupation 1914-1918 ».

3 Sa femme apprend son exécution le 30 décembre 1916!

4 Il obtient de sa veuve que le corps resterait au cimetière de Sedan.

Eveno Jean-Marie

© Mémoire des Hommes
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Soldat de 2e classe
307e Régiment d’infanterie
1879-1916

Né à Saint-Tugdual (Morbihan), le 4 juin 1879, de Jean-Marie Eveno et de Marie, Hélène Christien. Recrutement de Lorient. Matricule 1337. Classe 1899. Le 25 novembre 1915, il est incorporé au 307e régiment d’infanterie et est tué à l’ennemi à Le Quesnoy-en-Santerre (Somme), le 13 juillet 1916 à l’âge de 37 ans. Il est inhumé à la nécropole nationale de Montdidier dans la Somme. Tombe n° 1862. Il habitait 94 rue de Merville à Lorient.

Le Dressour Jean-François

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Soldat de 2e classe
3e Régiment d’infanterie
1896-1916

Né à Quéven (Morbihan), le 21 mai 1896, d’Yves, Marie Le Dressour, charron et de Marie, Joseph Le Nestour, ménagère. Recrutement de Lorient. Matricule 13145/1203. Classe 1916. Le 9 avril 1915, il est incorporé au 64e régiment d’infanterie et passe ensuite au 3e d’infanterie. Il est tué à l’ennemi à Lombardsijde (Belgique), le 13 juillet 1916 à l’âge de 20 ans. Il est inhumé à la nécropole nationale Notre-Dame de Lorette à Ablain-Saint-Nazaire dans le Pas-de-Calais. Carré 38 - Rang 4 - Tombe n° 7513. Son nom figure sur le monument aux morts de Keryado.  

Mouchard Joseph-Éléonore

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Maître pointeur
1er Régiment d’artillerie coloniale
1880-1916

« Mortellement blessé à son poste en exécutant un tir. »

Né à La Crique (Seine-Maritime), le 3 avril 1880, de Jean, Cyrille Mouchard, journalier et de Marie, Albertine Saint-Aubin. Il épouse à Lorient, le 6 janvier 1910, Élisa Le Corre. Recrutement de Rouen. Matricule 09212/1921. Classe 1900. Ce militaire de carrière au 1er régiment d’artillerie coloniale fait campagne au Tonkin de 1903 à 1907, en Cochinchine de 1917 à 1908 et à Magagascar de 1910 à 1912. Le 15 décembre 1914, il est mobilisé et décède de ses blessures de guerre à l’hôpital temporaire n° 21 à Compiègne (Oise), le 13 juillet 1916 à l’âge de 36 ans. Il est inhumé à la nécropole nationale Royallieu à Compiègne dans l’Oise. Carré D - Tombe n° 174. Il habitait 52 rue Claire Droneau à Lorient.