15 janvier 1915 - 1 Mort pour la France

Corven Pierre-Auguste

© Mémoire des Hommes
© Mémoire des Hommes

Sergent mitrailleur
Médaille militaire
Croix de guerre avec étoile d’argent
62e Régiment d’infanterie
Prêtre
1890-1915

"Gradé d’élite, sans cesse sur la brèche et possédant la confiance entière de ses chefs et de ses hommes. S’est affirmé comme un brave dans tous les combats auxquels il a  pris part.  A trouvé une mort glorieuse le 14 janvier 1915". Journal officiel du 4 août 1920.

Né à Keryado en Ploemeur, le 22 décembre 1890, de Pierre, Marie Corven, quartier-maître mécanicien et de Marie, Virginie Kermabon, repasseuse. Recrutement de Lorient. Matricule 2633/1288. Classe 1910. Le 2 août 1914, l’abbé Pierre Corven mobilisé au 62e régiment d’infanterie, se fait remarquer dès son incorporation, à tel point que Le Nouvelliste du Morbihan relate sa première action : «Lorsque la guerre éclata, il rejoignit immédiatement son 62e régiment d’infanterie à Lorient. Un officier cherchait, à la caserne Bisson, un sergent pour remplacer un sergent-mitrailleur, père de famille, qui se trouvait momentanément dans l’impossibilité de partir. L’abbé Corven, sergent au régiment et qui devait rester au moins quelque temps aux compagnies de dépôt, se présenta : Voulez-vous partir ? lui demanda l’officier. Je vous donne cinq minutes pour réfléchir. Pas besoin de cinq minutes, dit l’abbé-sergent. Je suis prêt tout de suite. Et il partit avec le deuxième groupe du régiment.» Le journal ajoute «qu’il est remarquable au tir à la mitrailleuse, ainsi qu’en témoignent les canons d’or brodés sur ses manches.»

Par la suite, il se distingue au front par sa calme assurance et son sang-froid. Pourtant, il connaît les sanglants affrontements de Maissin et la bataille de la Marne. Le 30 septembre 1914, il écrit à sa famille : «Quand reverrai-je ma cellule du séminaire ? Cette pensée me trotte dans l’esprit lorsque le long des routes de France j’égrène mon chapelet, que je médite mon Novum ou que je compose mon journal de route. Plusieurs de mes confrères ne reverront pas la leur….Qu’adviendra-t-il de moi ? À la grâce de Dieu. S’il veut ma vie, je la lui offre pour l’expiation de mes fautes, pour l’expiation des fautes de la France et sa régénération. Fiat voluntas tua Domine ! Je vis trop dans une atmosphère de mort pour formuler un souhait. Et pourtant, quelle joie si je revenais, comme j’apprécierais la vie du séminaire, la vie du prêtre.»  Le 9 novembre 1914, il est dans les tranchées dans le secteur d’Aveluy-Authuille : «Voilà plus d’un mois que j’habite le même trou, dans le même bois. À mon arrivée les arbres avaient encore leur frondaison ; aujourd’hui la jonchée des feuilles mortes va s’épaississant comme va s’augmentant le nombre des morts tombés au champ d’honneur. Je pensais, l’autre jour, en contemplant la beauté mélancolique de ce spectacle : Peut-être faut-il un humus à la race comme à la terre ? Il me semble que déjà le résultat des sacrifices accomplit se fasse sentir. On dirait qu’un large souffle venu d’en haut à purifié les conversations et les plaisanteries.» Le 16 décembre 1914, il écrit du bois d’Aveluy : «C’est toujours et encore de cette même tranchée, en ce même bois, «sous l’œil des barbares», que je vous écris… il est 8h passées, la nuit est noire, pluvieuse ; la bougie qui m’éclaire est obligée à la discrétion le plus absolue. De temps en temps un coup de fusil éclate : ce sont les sentinelles qui tâtent l’obscurité. Tout est tranquille ; et je m’évade de mon trou pour venir au séminaire là-bas, à la maison paternelle… Voilà 75 jours que je suis dans la tranchée de première ligne. C’est, je crois bien, un record sur tout le front. Pour moi, l’accoutumance est faite de cette vie presque sauvage. Ma tranchée fut confortable ; maintenant elle laisse la pluie pénétrer et me tomber dans la barbe. Les souris y dansent leur ronde ; de multiples animaux de toute sorte voudraient y faire le tour du propriétaire. Et comme il pleut toujours, j’ai peur que, croyant au déluge, ils n’y viennent en formations serrées, la prenant pour l’arche de Noé. L’autre jour, les Boches ont voulu nous expulser. Ils nous ont lancé 40 à 50 minenwerfer. Puis, nous croyant pulvérisés, ils se sont approchés. Mes mitrailleuses les ont fait retourner au pas accélérés. Le général veut me citer à l’ordre du corps d’armée et mon colonel me nommer adjudant. De la gloire plein mon képi ! Pourvu que l’honneur en revienne à mon père et au corps sacerdotal ! Pourvu aussi que Dieu et la Vierge Marie soient mon bouclier, car pauvres de nous devant de tels engins !»

Il est cité, le 11 décembre 1914 à l’ordre du jour du régiment : «A fait preuve de sang-froid et d’énergie en assurant le service des pièces de sa section de mitrailleuses avant la fin d’un violent bombardement et a contribué à repousser une attaque allemande sur les tranchées, le 11 décembre.» Quelques semaines plus tard, il est grièvement blessé d’un éclat d’obus à la poitrine, sur la route d’Albert dans la Somme. Quelques heures avant de mourir son infirmier lui demande : «Serais-tu content de quitter la terre pour le ciel ? Oui, lui répondit-il, je quitterais volontiers cette vie ; cependant je serais heureux de servir le bon Dieu.»  Il décède de ses blessures de guerre à l’ambulance n°4 à Senlis-le-Sec (Somme), le vendredi soir 15 janvier 1915, «à 4 heures 40, après avoir reçu une dernière absolution» à l’âge de 24 ans. Son décès attriste les soldats pourtant confrontés journellement à la mort, mais le jeune abbé Corven avait gagné rapidement l’estime de ses compagnons de guerre «et, son cœur apostolique leur a fait du bien, beaucoup de bien. Sa piété n’avait pas faibli un instant. Son petit office était son compagnon de toute heure ; et souvent, en tous cas tous les soirs, il récitait le chapelet en commun. La Sainte-Vierge aura récompensé son fidèle serviteur.» 
Une messe est dite pour le repos de son âme en l’église Saint-Joseph de Keryado, le mardi 20 janvier 1915. Sa dépouille mortelle est rapatriée du front à Lorient et ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Joseph de Keryado, le dimanche 4 février 1922, suivies de l’inhumation au cimetière de Keryado. Il habitait 39 rue du Plénéno à Keryado. Son nom figure sur le monument aux morts de Keryado.