2 décembre 1914 - 2 Morts pour la France

André Guillaume-Louis-Marie

© Mémoire des Hommes
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Capitaine
Chevalier de la Légion d’honneur
68e Régiment d’infanterie
1867-1914

Né à Lorient, le 10 février 1867, de Guillaume, Marie André, contremaître tonnelier aux subsistances de la marine et de Marie, Louise Kerlo. Recrutement de Lorient. Matricule 509. Classe 1887. Le 1 février 1887, il s’engage pour cinq ans au 116e régiment d’infanterie à Vannes dans le Morbihan. Quelques années plus tard, il entre à l’École militaire d’infanterie (avril 1891) et commence une carrière d’officier. Il est nommé capitaine en 1905 et sert au 68e d’infanterie.
À la déclaration de guerre, il quitte Le Blanc dans l’Indre à la tête de ses hommes. Le premier contact avec l’ennemi se déroule à Houdremont en Belgique où le 68e «résiste sans reculer d’un pas.» Le lendemain, le régiment bat en retraite et quelques jours plus tard «chargé de retarder la marche de l’avant-garde boche» il livre avec succès la bataille de Berthoncourt. Puis, c’est la grande victoire de la Marne et la retraite des troupes allemandes.
À la fin du mois d’octobre 1914, le 68e embarque pour la Belgique où il s’illustre une nouvelle fois empêchant l’ennemi de s’emparer d’Ypres et de passer l’Yser. Lors de ces combats, le capitaine André est grièvement blessé et décède de ses blessures de guerre «contractée dans les tranchées d’Hollebeke près d’Ypres» à l’hôpital temporaire n°17 de Bernay (Eure), le 2 décembre 1914 à l’âge de 47 ans. Sa dépouille mortelle est rapatriée du front à Lorient et ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Louis, le lundi 7 décembre 1915. C’est une assistance nombreuse qui suit la cérémonie religieuse et «le cortège funèbre, précédé et suivi d’un détachement d’infanterie, et escorté d’un piquet de soldats l’arme sous le bras gauche, s’est rendue, suivi d’une famille endeuillée et, en dépit du mauvais temps, d’une foule pieusement sympathique, dans laquelle de nombreux militaires, parmi lesquels nous avons remarqué M. le vice-amiral gouverneur, et son infatigable adjoint. M. le colonel Le Ray, au cimetière de Carnel, où a eu lieu l’inhumation.»
Sur sa tombe, le capitaine Le Gouas, frère d’armes et ami du disparu rappelle son rêve de jeunesse qui était d’intégrer l’École navale : «Alors que dans la plaine d’Ypres tu portais comme à bout de bras ta compagnie sur les ennemis aussi bien armés qu’immondes, non loin de là vers Dixmude, tu entendais retentir les frénétiques «En Avant» des fusiliers-marins. Et qu’importait alors le fracas des obus et les sifflements sournois des balles de mitrailleuses à toi qui marchait coude à coude avec les Cols Bleus que tu avais rêvé de commander. Le capitaine d’infanterie se crut lieutenant de vaisseau et cette pensée te donna un regain d’énergie et d’enthousiasme pour conduire sur la bonne voie tous les hommes avides de parer d’une victoire nouvelle le front ensanglanté de la Patrie. Tu tombas avec des centaines et des centaines d’autres. Tu tombas mais pour te relever dans la gloire. «Les yeux qu’on ferme voient encore» a dit un grand poète. Les pieuses mains de ta sœur ont fermé les tiens. Et c’est pourquoi tu nous verras dans quelques mois venir déposer sur ta tombe la part de lauriers que tu as mérité pour le sacrifice loyal de ta vie, nous serons peut-être constellés de boue et de sang, masqués de poussière, couturés de cicatrices mais tu nous reconnaitras pour tes frères d’armes et tu diras : comme ils sont beaux !» Il termine en exaltant le sacrifice de son ami : «Tu nous a donné le bon exemple. Nous te jurons que nous sommes prêts à te suivre. Comme toi, nous sommes assurés de la victoire complète parce que c’est justice et parce que nous la voulons. La France est immortelle.» Il est inhumé au cimetière de Carnel. Carré 28. Tombe n° 38. Quelques lignes gravées sur la sépulture familiale rappellent sa mémoire. Il habitait 3 rue de la Mairie à Lorient. Son nom figure sur les plaquettes commémoratives de l’église Saint-Louis et du lycée de Lorient.

Pourpe Marc

© Mémoire des Hommes
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Soldat aviateur
Escadrille M.S. 23
1887-1914

Né à Lorient, le 17 mai 1887, d’Armand Pourpe, officier de marine et d’Anne-Marie Chassaigne. Ce pionnier de l’aviation française et précurseur des vols coloniaux est tué à l’ennemi lors d’un vol de reconnaissance au-dessus de la Somme, le 2 décembre 1914 à l’âge de 27 ans. Dans son édition du dimanche 6 décembre 1914, Le Nouvelliste du Morbihan informe la population lorientaise de la mort au champ d’honneur de l’illustre pilote : «C’est en effectuant une reconnaissance au-dessus de la région de la Somme que le soldat aviateur Marc Pourpe fit une chute terrible. Marc Pourpe s’était fait un nom illustre dans le monde de l’aviation par ses multiples randonnées tant en Extrême-Orient qu’en Afrique et dans diverses régions d’Europe. Il venait d’être cité, pour sa belle conduite à l’ordre du jour de l’armée avec la mention suivante : «Violemment canonné au cours d’une reconnaissance aérienne, son appareil ayant été atteint par des éclats d’obus, les circonstances atmosphériques étant tout à fait défavorables, a poursuivi jusqu’au bout l’exécution de sa mission.» Depuis son plus jeune âge, Marc Pourpe est fasciné par l’aviation et suit avec passion les exploits des fous volants et particulièrement de Louis Blériot qui effectue le 25 juillet 1909, la traversée de la Manche. Il ne peut plus attendre et passe son brevet de pilote le 21 juillet 1911. Il se lance à son tour à l’assaut des cimes et se fait rapidement un nom dans le milieu de l’aviation. Désormais la presse relate ses exploits : c’est la double traversée de la Manche, de Boulogne à Folkestone et retour ; c’est aussi le survol de l’Inde et de l’Indochine puis le 1er janvier 1914, le raid Le Caire-Khartoum. Il a hâte d’atteindre Khartoum où nul avion n’est encore allé mais il est surtout fier de porter les couleurs de son pays : «J’ai idée que la France sera fêtée une fois de plus grâce à l’aéroplane et ce sera pour moi l’orgueil de ma vie d’être le pilote ayant le premier remonté le Nil jusqu’au Soudan.» Cet exploit lui procure une renommée considérable.

Lors de la déclaration de guerre, ce pilote d’exception rejoint l’aviation française et effectue avec audace de nombreuses reconnaissances au-dessus des lignes ennemies. Il est blessé en septembre 1914 et cité à l’ordre du jour de l’escadrille mais il est toujours soldat de 2e classe malgré «une trentaine de vols de reconnaissances.» Cette ingratitude le peine et dans une lettre écrite la veille de sa mort, il exprime son incompréhension : «Depuis le début, j’ai soixante-dix-huit heures de vol sur l’ennemi et pas le moindre galon. Je suis le seul de mon escadrille qui ait été blessé et touché par les boches !» Sa mort à Villers-Bretonneux, le 2 décembre 1914 à l’issue d’un vol de reconnaissance en tentant un atterrissage périlleux en plein brouillard et à la nuit tombante est une grande perte pour l’aviation militaire. Les journaux parisiens relatent sa mort au champ d’honneur : «Marc Pourpe était un de nos plus remarquables pilotes : on peut dire que ce fut l’aviateur français qui visita à bord de son avion le plus grand nombre de pays étrangers. Pendant cinq années, en effet, il vola en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Tasmanie, puis dans le Nord de la France et en Angleterre. Il visita ensuite Ceylan, les Indes anglaises, la Birmanie, l’archipel malais, le Cambodge, la Cochinchine, l’Annam et le Tonkin. Il couronna cette admirable carrière de propagande toute patriotique par le raid le Caire-Khartoum et retour, dont le succès fut si retentissant au mois de janvier de cette année (…) Le sympathique garçon venait d’être cité à l’ordre de l’armée. Nous savons que ses chefs l’avaient en haute estime : de l’avis de tous, sa mort est une grande perte.» L’écrivain et journaliste Jacques Mortane (1883-1939) écrit : «Le froid et la brume se sont coalisés pour avoir raison de ce pilote admirable, de ce phénomène d’énergie, de courage et d’honnêteté.» Sa dépouille mortelle est rapatriée du front, le jeudi 2 février 1922 à Vannes puis à Lorient. Ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Louis, le dimanche 5 février 1922, suivies de l’inhumation au cimetière de Carnel à Lorient. Carré 36 - Tombe n°8. Aucune décoration posthume pour ce pilote d’exception. Seulement la reconnaissance de sa ville natale qui attribue le 1er février 1921 le nom de Marc Pourpe à une rue de la cité «en mémoire de l’aviateur Lorientais mort glorieusement au Champ d’Honneur».

Marc Pourpe ne figure pas dans le livre d’or de la ville de Lorient. En effet, après le mariage de ses parents le 15 juillet 1886 à Lorient et sa naissance le 17 mai 1887, son père, officier de marine est affecté à Toulon. Il quitte alors le 12 rue du Morbihan à Lorient avec sa jeune épouse et son fils pour le sud de la France. Rapidement le couple se déchire et Anne-Marie Chassaigne-Pourpe quitte époux et fils pour conquérir Paris sous le nom de Liane de Pougy. Au divorce de ses parents (8 août 1889), Marc est confié à ses grands-parents paternels qui vivent à Suez. Pour parfaire son éducation, il étudie au collège d’Harrow en Angleterre, puis à Heidelberg en Allemagne et enfin Paris où il retrouve sa mère avant de se passionner pour l’aviation. Il n’a jamais séjourné dans sa ville natale qu’il retrouve seulement en 1922 afin de reposer dans la concession familiale du cimetière de Carnel auprès de ses grands-parents maternels