La grippe espagnole

« La Grande tueuse »

© Bibliothèque Royale de Belgique

En 1918 et 1919 sévit probablement la plus grande pandémie meurtrière de l’Histoire. A l’époque peu de personnes ont conscience de la grippe dite « espagnole » et de ses conséquences. Elle touche principalement les jeunes individus de 20 à 40 ans et les fait mourir par suffocation. Les effets dévastateurs de la grippe au niveau mondial sont masqués par les combats du moment.

Pendant la Première Guerre mondiale les autorités sanitaires utilisent des codes pour communiquer. Chaque pathologie correspond à un numéro. La grippe espagnole est la « maladie 11 ». La propagation du virus est très rapide en raison des déplacements des soldats et de l’entassement de ces derniers dans des espaces restreints. De plus, la fatigue, les privations, l’encombrement des hôpitaux par les soldats et le manque de médecins en raison des réquisitions pour le front, favorisent la diffusion.

14 soldats lorientais meurent de la grippe sur le front. L’épidémie affecte le moral de la population. Les origines de la grippe restent encore un mystère, elle viendrait de canards sauvages en Chine. Transportée par les immigrés aux Etats-Unis, la contamination s’étend avec les échanges et les arrivées des Américains puis le retour des soldats dans leur pays.

L’Espagne est désignée à l’époque comme étant à l’origine de la grippe. Pays neutre, il est accusé de laisser les agents allemands opérer sur son territoire et de vouloir affaiblir les alliés en diffusant des virus volontairement. La France connaît deux vagues de contamination. La première se produit à la fin de l’année 18, celle-ci est peu meurtrière, la seconde sévit au début de l’année 19 et tue en trois jours.

Au total, 250 000 Français meurent de la grippe espagnole. Les gouvernements refusent de dévoiler les cas de grippe afin de ne pas révéler à l’ennemi l’affaiblissement de l’armée. Néanmoins, la presse relate les contaminations des autres pays dans un esprit de rivalité.

En mai 1918, le virus se diffuse depuis Brest et arrive en octobre à Lorient. Les soldats sont consignés, les établissements publics de la ville, notamment les salles de spectacles, sont fermés du 6 au 30 octobre pour éviter la propagation de la maladie. 216 habitants meurent de cette maladie, le plus fort chiffre du Morbihan.