La mobilisation

Lorient entre en guerre

Départ pour la mobilisation sur le cours de Chazelles.
Secrétaires du bureau de recrutement militaire de Lorient
Fascicule de mobilisation et livret militaire de Jules Huitel du 62e RI
Départ pour la mobilisation sur le cours de Chazelles.
Départ pour la mobilisation sur le cours de Chazelles.
Secrétaires du bureau de recrutement militaire de Lorient
Fascicule de mobilisation et livret militaire de Jules Huitel du 62e RI
Secrétaires du bureau de recrutement militaire de Lorient
Départ pour la mobilisation sur le cours de Chazelles.
Secrétaires du bureau de recrutement militaire de Lorient
Fascicule de mobilisation et livret militaire de Jules Huitel du 62e RI
Fascicule de mobilisation et livret militaire de Jules Huitel du 62e RI

Le 1er août 1914, à 15 heures, le canon de l’arsenal tonne. Au même moment des affiches sont placardées à la Poste et dans la vitrine du Nouvelliste du Morbihan puis dans toute la ville. Celles-ci annoncent l’ordre de mobilisation des armées, des animaux, voitures et harnais. La nouvelle est accueillie dans le calme. Les prêtres font immédiatement savoir qu’ils se mettent à l'entière disposition des soldats et marins pour leur administrer les sacrements.

Lorient est une ville de garnisons habituée aux grandes manœuvres et compte huit sociétés de préparation militaire depuis 1908. Après des années de préparation, la mobilisation est donc rapide et efficace. Chacun possède un livret militaire, avec un fascicule de mobilisation qui indique le jour de mobilisation, le dépôt dans lequel se rendre et le mode transport : par voie ferrée si le fascicule est de couleur rose, par la route s'il est de couleur verte, possibilité aussi par mer pour gagner un dépôt lorientais.

De nombreux bateaux partent de Lorient, notamment vers Gâvres, Riantec et Plouhinec pour y embarquer les soldats appelés. Les hommes affluent vers les dépôts. Ils  sont 22 000  rassemblés dans différents bâtiments : les écoles, le lycée, le collège de jeunes filles, les magasins généraux, les glacières, le théâtre, le cinéma-Pathé, les usines Delory, Carnoy, Béziers, les garages, les patronages des rues Philippe, Française et Claire Droneau, la criée... Ils y attendent d’être incorporés, habillés, équipés et armés. 

Le soldat reçoit un sac d’environ 28 à 30 kilos comprenant : une gamelle, un quart, des couverts, un bidon de 1 litre, une lanterne pliante, un nécessaire à couture, un caleçon, une chemise, une cravate, un mouchoir, une ceinture, un ouvre-boite, un rasoir, une boîte de balles... Il est équipé d’un fusil Lebel et de sa cartouchière, d'une épée baïonnette à triple arête. L'arsenal de la rue du Couëdic livre des dizaines de milliers de fusils. Les marins transformés en fantassins sont quelque peu désorientés.

Chacun appelé  possède un livret militaire, avec un fascicule de mobilisation qui indique le jour de mobilisation, le dépôt dans lequel se rendre et le mode transport : par voie ferrée si le fascicule est de couleur rose, par la route s'il est de couleur verte, possibilité aussi par mer pour gagner un dépôt lorientais.

Les différents régiments lorientais partent dans la semaine, dès le 4 août pour le 88eRIT. Les 5 et 6 août, c'est au tour des 262e, 62e RI et 1er RAC de quitter la ville, au son de la Marseillaise et du Chant du départ. La locomotive du train qui les emporte est décorée de drapeaux tricolores, de gerbes de fleurs et d’inscriptions écrites à la craie : « Train de plaisir pour Berlin - Section des anti-neurasthéniques - Cochon à tuer et Tête à couper. » Enfin, le 16 août la brigade des fusiliers-marins quitte l’arsenal. Sur le parcours jusqu'à la gare, les femmes les accompagnent, en leur glissant au passage victuailles, linge et baisers…

Les soldats sont très enthousiastes dans les premiers temps, comme le sous-officier Victor Jullien, du 1er régiment d’artillerie coloniale qui écrit le 10 août 1914 à sa tante, madame Ségaux, 116 rue Carnot à Lorient : « Nous roulons vers une destination inconnue acclamés sur notre passage. Sommes très heureux d’aller combattre. Mille baisers et Vive la France !»  

Le Nouvelliste du Morbihan souligne aussi cet enthousiasme et la ferveur patriotique des Lorientais. Toutefois, un incident se produit le 6 août, lors du départ du 262e régiment d’infanterie. Jean Ihuel, ouvrier à l’arsenal, crie « À bas la guerre ! », « Vive l’Allemagne ! ». Le libertaire passe en conseil de guerre le 19 août et est remis en liberté provisoire deux jours plus tard. C’est l’une des rares manifestations contestataires recensées en Bretagne.

L'heure est à l'union sacrée. Dans la séance du 10 août 1914, le conseil municipal assure au Président et au gouvernement son entière confiance « sans distinction de partis, étroitement unis dans un même élan patriotique ». Attitude confirmée par le conseil d'arrondissement de Lorient dans sa session du 11 août 1914 qui « constate avec joie que toutes les querelles de partis disparaissent pour faire place à l'union de tous les citoyens ».

Le patriotisme n'empêche pas une certaine lucidité quant au déroulement de la guerre. Le lieutenant Lucien Busson écrit le 1er août 1914 à son épouse : « Avant que je parte, je te ferai mes recommandations, ce seront probablement les dernières, car la consommation en officiers sera certainement effroyable. ». Il est tué le 14 septembre 1914 dans la Marne.