La culture

Oublier un temps la guerre : les loisirs à Lorient

Livret de la revue Oh pas de Charge
Livret de la revue Oh pas de Charge

Bien que l’effort de guerre modifie le rythme de vie des Lorientais, la vie culturelle ne s’arrête pas pour autant.
Le Théâtre de Lorient ralentit son activité mais continue à donner quelques représentations comme Horace et Le malade imaginaire en 1916.
Dès 1914, 5% des profits des tournées théâtrales sont versées aux œuvres de guerre puis en 1917 on remplace le don par une représentation mensuelle produite à cet effet. Déjà le 3 mars 1916, la revue  Oh !... Pas de charge est donnée au Théâtre au profit intégral des hôpitaux de Lorient et des soldats des pays envahis.

Au cours de la guerre, le Théâtre connait plusieurs bouleversements. Tout d’abord en 1914, une école municipale est installée dans ses murs. Des lits sont aussi installés dans certaines loges d’artistes afin d’y accueillir les émigrés réfugiés à Lorient. En 1915, suite aux demandes de la population, le Théâtre est loué pour installer un cinéma Gaumont. Deux femmes en deviennent les gérantes. Le Pathé-Omnia, cours de Chazelles, continue de fonctionner. En août 1916, il est rappelé aux deux cinémas l’obligation de prohiber les scènes et les films susceptibles de troubler l’ordre public ou de démoraliser les spectateurs. En septembre 1918, l’Electric-Cinéma, qui alterne projections et divertissements, s’établit rue Saint Pierre. Un mois après, les établissements de spectacle lorientais sont tous fermés à cause de la grippe espagnole.

Durant le conflit, l’Ecole municipale de dessin ainsi que l’Ecole nationale de musique fonctionnent. Des professeurs de solfège sont recrutés au début de l’année 18. La municipalité renouvelle aussi un contrat avec la Société des Auteurs et Compositeurs de musique. En revanche, la société lorientaise des beaux-arts suspend ses activités pendant toute la période de la guerre.

Enfin, la pratique sportive se poursuit et se développe avec la création en 1915 de Lorient-Sports qui comprend notamment des sections de boxe, d’athlétisme, de natation et de water-polo. En 1916, la Société de l’Etoile sportive lorientaise est dissoute et remplacée par « Le Véloce-sportif  Lorientais » et « l’Association athlétique du lycée de Lorient ».

La Musique

Paroles et partition de La Française, chant héroïque de la Grande Guerre
Paroles et partition de La Française, chant héroïque de la Grande Guerre

En 1914, les chants sont essentiellement patriotiques, héritage de la guerre de 1870.  Au fil du temps ils deviennent plus populaires avec «Je cours après Titine» et «La Madelon».

La musique est jouée pour encourager les troupes mais elle est aussi une échappatoire aux conditions difficiles du front. Elle accompagne les mutineries de 1917. Les chansons « Non, non, plus de combats ! » et « la chanson de Craonne » en sont des exemples.

Des concerts sont organisés et les orchestres burlesques proposent de nombreuses représentations. Ces orchestres utilisent toutes sortes d’objets comme des manches à balai, des seaux, des boîtes de conserves….  La plupart des instruments de musique sont fabriqués avec des objets et des matériaux trouvés sur place. Les musiques des régiments sont également sur le front.
10 musiciens lorientais sont tués.

La musique bretonne

Soldats du 318e dont trois musiciens (bombarde, biniou, trompette)
Soldats du 318e dont trois musiciens (bombarde, biniou, trompette)

Les Bretons étaient si nombreux sur le front que l'armée française, le conflit durant plus que prévu, décide de commander des instruments de musique bretons : bombarde et biniou.

Ces instruments ont vocation à animer les longues attentes et à soutenir le moral des troupes. Elle s’adresse à un luthier de Keryado, Jean-Pierre Jacob qui est issu d’une famille de tourneurs sur bois du sud Finistère et jouit d’une belle réputation. De son modeste atelier du 138 rue de Brest (rue de Belgique aujourd’hui), il sort en moyenne 40 instruments par an. Ses fils sont sur le front, son employé aussi. Il engage le tourneur Le Goff  et assure cette commande exceptionnelle, en quadruplant sa production. Ce sont toutefois les instruments aux prix les plus faibles qui sont expédiés aux soldats-sonneurs.

Les trois quarts des bombardes et binious livrées sur le front proviennent de son atelier. Jean-Pierre Jacob (1865-1919) fait toujours référence aujourd'hui, nombre de luthiers contemporains s'inspirent largement de son travail. Quelques sonneurs jouent encore sur ses instruments qu’ils qualifient d’exceptionnels.

La religion

Messe dans une tranchée
Messe dans une tranchée
Messe dans une tranchée
Messe dans une tranchée

Environ 30 000 combattants sont prêtres séminaristes, religieux ou novices, pasteurs et rabbins. Infirmiers ou brancardiers, ils accompagnent les unités lors des assauts.

La présence des religieux permet de pratiquer sa foi mais ils sont surtout les confidents, les amis de tous. Ils prennent en charge la rédaction de la correspondance des soldats. Ils accompagnent les blessés et les mourants et assurent les offices et les cérémonies, les inhumations et les funérailles. De grandes messes sont organisées, parfois en plein air,  près des lieux de combat. Les fêtes religieuses sont l’occasion d’exprimer sa ferveur et permettent de soulager le quotidien si difficile.

Devant l’horreur, la peur et le doute, de nombreux hommes retrouvent la foi dans les tranchées. Certains ont besoin de consolider celle-ci. Les soldats portent sur eux des médailles et des images pieuses se sentant ainsi protéger. La religion soutient et rassemble les hommes.

A l’arrière, la religion rassure les familles. Savoir que leurs hommes sont accompagnés d’un aumônier les réconforte.

Certaine paroisses s’organisent pour soutenir les soldats en envoyant des colis de nourriture et de vêtements.

Les manifestations de piété mobilisent la population, notamment les pèlerinages du 15 août.

A Lorient, l’église se rallie très vite à l’Union sacrée et participe à toutes les cérémonies d’hommage aux soldats.