Exposition Des hommes du rail

Du 1er avril au 28 mai 2017

Hôtel Gabriel - Enclos du port
Du mardi au dimanche, de 14h à 18h


2017 est l’année du train en Bretagne, avec l’arrivée de la nouvelle Ligne à Grande Vitesse. L’impact sur Lorient est considérable avec la construction d’une gare neuve tournée vers le centre-ville, la reconfiguration de tout un quartier.

Les Archives de Lorient participent à cet événement majeur, en présentant une exposition sur l’histoire du train à Lorient et en portant un éclairage particulier sur trois expériences du train : celle d’un cheminot, Louis Le Dioré, d’un postier, Alain Kerguélen et celle d’un voyageur, Jean-Paul Jappé.

La diversité des points de vue concourt à une grande variété de documents et de collections : des panneaux documentaires, une animation cartographique du réseau ferré, des photographies et des cartes postales, des papiers personnels et souvenirs d’activité, petit matériel de travail et une extraordinaire collection de dessins de voyageurs croqués dans le train entre Lorient et Montparnasse entre 1970 et 2010.


Cette exposition, réalisée en partenariat avec le service de l’Animation de l’architecture et du patrimoine, permet de mettre en valeur des dons récents.

Visites guidées  gratuites de l'exposition :
- Mercredi 19 avril à 14h30
- Mercredi 24 mai à 14h30

Des portraits des hommes du rail

Le cheminot : Louis Le Dioré (1915 -1996)

Natif de Guidel (à la Croix Blanche), Louis Le Dioré fait ses classes dans la 22ème section d’infirmiers militaires. Mis en congé en 1938, il passe son permis de conduire avant d’être rappelé en 1939. Il est alors affecté à la réserve du personnel de gare puis au cadre de détachement principal d’infirmiers.

Il est démobilisé à Toulouse le 1er septembre 1940. Il se marie en février 1941 à Guidel avec Eugénie Le Goff. Quatre mois plus tard, il commence à travailler à la gare de Lorient. Ainsi démarre sa carrière de cheminot qu’il poursuit jusqu’en 1970. Ses débuts, en raison de l’occupation allemande et des bombardements alliés ont été assez perturbés. En 1943, il est muté à Trappes dans les Yvelines et fait venir son épouse et sa fille, Lydie née en 1942, réfugiées à Arzano. Au printemps 1944, la famille Le Dioré échappe de peu aux bombardements anglo-américains qui visaient le triage, la gare et le dépôt de Trappes. Ce carnage les  marque durablement.

Après la guerre, il revient à la gare de Lorient. Logé en 1948 en baraque à Gestel puis à la cité Pendreff à Lanester, il construit en 1955 au 12 rue de la Villemarqué à Lanester où il finit ses jours. C’est après son décès que sa fille découvre les souvenirs conservés au domicile et qu’elle apprend avec beaucoup d’émotion l’engagement de son père durant la seconde guerre mondiale. Lydie Le Dioré rassemble un ensemble de documents personnels et professionnels qu’elle confie aux Archives de Lorient en 2016.

Son engagement militant au Parti Communiste n’a pas laissé de trace dans les archives familiales.  Les papiers conservés témoignent de son expérience militaire d’infirmier, de son quotidien de cheminot ainsi que de son intérêt particulier pour les questions de sécurité et pour l’histoire du rail.

Le postier ambulant : Alain Kerguélen

Alain Kerguélen dont la famille est originaire de Clohars-Carnoët est né à La Celle-Saint-Cloud dans les Yvelines en 1956. Il est aujourd’hui retraité de la Poste. Il  travaille au Service Ambulant de 1976 à 1990 puis est affecté au bureau de poste de Lanester où il finit sa carrière. Ses années de tri postal dans le train l’ont particulièrement marqué : les conditions et le rythme de travail, l’ambiance, les copains.

Le Service Ambulant a été créé en France en 1844 et au fur et à mesure de l’extension du réseau ferroviaire, soit vers à Lorient vers 1863. Le dernier bureau ambulant a été supprimé en France dans le milieu des années 1990.

En ce qui concerne la région Bretagne sud, une brigade partait de Paris chaque nuit pour Vannes puis Quimper. Chaque brigade est désignée par une lettre : A, B, C, D …

Les  postiers ambulants travaillaient deux nuits sur quatre. Leur travail consistait à trier le courrier, les objets recommandés dits «LR» et les valeurs déclarées dites «VD». Les différents envois étaient déposés dans les sacs postaux en jute suspendus sur la longueur du wagon et maintenus par des crochets. Ils étaient ensuite fermés par des colliers blancs ou des colliers rouges et au moyen d’une pince à sceller s’ils contenaient des LR et les VD (dépêches).

A Lorient, le dernier train de la journée, le numéro 3744 en provenance de Quimper, partait vers 23 h pour  arriver à Paris vers 7 h le lendemain matin. Les usagers pouvaient déposer leur courrier dans les boîtes à lettres du bureau de poste situé Cours de Chazelles, près du passage à niveau, tard dans la soirée. En effet, il existait entre ce bureau et la gare un entrepôt qui permettait au courrier posté tardivement d’être apporté au train avant le départ de 23h. Certains étaient même remis de la main à la main sur le quai. Inimaginable aujourd’hui !

Alain Kerguélen a conservé des documents et des objets relatifs au tri postal ambulant. Passionné par l’histoire et la Poste, il a aussi constitué une collection remarquable de marcophilie qui couvre la période 1868-1989, consciencieusement classée par ligne et par brigade ou par cachet postal de la gare et de l’entrepôt de Lorient. Sa collection de cartes postales est toute aussi exceptionnelle.

Le voyageur : Jean-Paul Jappé

Jean-Paul Jappé est né en 1936 à Lorient. Artiste de formation, il travaille dans un premier temps pour la faïencerie d’art de Keraluc à Quimper puis chez l’architecte Henri Conan à Lorient, comme dessinateur. Il intègre l’école des Beaux-Arts de Lorient en 1970 et y enseigne jusqu’en 1996. Parallèlement, il dessine, peint et expose régulièrement et continue à travailler dans le milieu parisien.

Ainsi, c’est pour des raisons professionnelles et pour suivre la modernité et les courants artistiques qu’il effectue des séjours à Paris. Il rend visite également à sa famille. De 1960 aux années 2000, il prend le train régulièrement avec des trajets plus fréquents entre 1970 et 1990. Il quitte Lorient le plus souvent le jeudi soir, parfois le vendredi matin, et revient le samedi ou le dimanche soir.

Dans les années 60, il voyage dans les premières Micheline qui faisaient trois trajets par semaine jusqu’à Rennes. Ensuite, il fallait prendre l’Express pour Paris. A partir de 1974, il connaît le confort nouveau des trains Corail, avec changement puis les directs jusqu’à Paris.

Jean-Paul Jappé a toujours son matériel de dessin sur lui et deux cahiers de croquis, un au format A4, un au format A5. Durant ces quarante ans de trajets entre Lorient et Montparnasse, il réalise 163 dessins, la  grande majorité au format 21X29 cm. Les quelques grands formats sont faits  par collage. Il utilise essentiellement le graphite et la pierre noire qui permet de donner une ambiance, des noirs beaucoup plus profonds dans l’intérieur des wagons, dans la lumière, dans les parties sombres, dans la profondeur des wagons. Quelques dessins ont été faits à la plume mais cette technique est peu aisée dans le train. Un seul dessin a fait l’objet d’une peinture.

Il dessine de sa place mais également debout dans le couloir ou dans le passage entre deux wagons. Il s’intéresse aux reflets dans les glaces, surtout à ceux des porte-bagages en verre car ils apportent plus de profondeur au dessin. Il préfère dessiner la nuit pour l’intimité créée par l’éclairage, dû au designer Roger Talon qui a aussi conçu tout l’aménagement intérieur du Corail et du TGV. La nuit, l’ambiance est particulière, le wagon prend un aspect étrange. Coupé de la lumière extérieure, il devient comme un « huis clos » en mouvement, une sorte de pièce de théâtre, avec ses mystères…

Les dessins de Jean-Paul Jappé montrent combien les différents éléments du train, les sièges, l’éclairage, les portes en verre teinté…, se répondent de manière harmonieuse. Si chaque scène intérieure raconte une histoire, ses dessins illustrent aussi comment les voyageurs utilisent le train et l’évolution des usages : les chiens, la musique, le tabac...

Ces dessins sont exposés pour la première fois.